Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Le Monde
Violences sexuelles : des chiffres « édifiants » dans une étude de l’université de Lille
Article mis en ligne le 26 novembre 2021

Plus de 64 % des 1215 étudiants interrogés rapportent avoir été victimes depuis l’âge de 15 ans, près de 78 % des femmes et 27 % des hommes.

Lui-même a trouvé ces résultats « édifiants ». Massil Benbouriche, docteur en psychologie et maître de conférences à l’université de Lille, a mené une enquête sur les « expériences sexuelles non consenties dans l’enseignement supérieur en France » au sein de sa faculté au printemps 2021. Un formulaire numérique a été envoyé à l’ensemble des étudiants et des membres du personnel. Cosignée par Sabine De Bosscher, maîtresse de conférences en psychologie sociale et du travail, et Sandrine Rousseau, vice-présidente de l’université de Lille chargée de l’égalité femme-homme, chercheuse en sciences économiques et candidate à la primaire d’Europe Ecologie-Les Verts, l’étude est l’une des premières conduites à l’université avec un questionnaire validé scientifiquement et utilisé par la recherche internationale. (...)

Quant au mode de coercition pour obtenir un contact sexuel, il y a le recours à la force, imposée à 48 % de femmes et 21 % d’hommes, l’intoxication alcoolique ou stupéfiante dans 45 % des cas pour les femmes et 13,8 % pour les hommes, enfin la pression verbale, qui intervient dans 50 % des cas pour les femmes et 15,8 % pour les hommes.

L’enquête s’est aussi intéressée aux relations entre l’auteur et la victime. Pour l’ensemble des victimes, l’auteur est, dans 63 % des faits, le partenaire ou l’ancien partenaire, dans 49 % un ami ou une connaissance et, dans 23 %, un membre de la famille, en position d’autorité ou non – sachant que l’étude ne porte que sur les violences sexuelles à partir de 15 ans, les faits d’inceste n’apparaissent pas dans les résultats. Enfin, dans 52 % des cas, les violences sexuelles sont commises par un inconnu. Le total peut être supérieur à 100 % car des personnes sont parfois victimes de plusieurs auteurs.

Libération de la parole

Pour Massil Benbouriche, cette étude révèle « un problème majeur de santé publique ». Selon lui, ces résultats s’expliquent d’abord par la manière de poser les questions : la prévalence plus élevée est liée à la description du comportement plus que de l’infraction. « Si vous utilisez les termes du droit pénal et que vous demandez par exemple aux gens s’ils ont été victimes de viol, ils vont vous répondre non. En revanche, si vous leur demandez si une autre personne les a déjà amenés à avoir un contact sexuel impliquant la pénétration contre [leur] volonté en exerçant une pression verbale sur [elle], par exemple, en menaçant de mettre fin à la relation ou en [la] traitant de “moins que rien”, en utilisant le chantage, en insistant après un ou plusieurs refus, en menaçant de vous sanctionner au niveau de votre travail, ou en vous promettant une forme quelconque de promotion afin d’obtenir une pénétration, là, les résultats seront beaucoup plus fins. » (...)