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Mediapart
Violences sexuelles « Grosse pute » : Gérald Darmanin joue les gros bras
Article mis en ligne le 19 février 2022
dernière modification le 18 février 2022

Après la révélation par Mediapart d’insultes proférées par un policier parisien à l’égard d’une plaignante pour violences sexuelles, le ministre de l’intérieur a annoncé la « révocation » du fonctionnaire. Une réaction hors sujet, dénoncent les féministes.

Rouler des mécaniques, pour éviter l’incendie. C’est, à grands traits, la stratégie choisie par le gouvernement après les révélations de Mediapart sur les insultes proférées par un policier parisien à l’égard d’une plaignante pour violences sexuelles.

Jeudi 17 février, en marge d’un déplacement à la gare du Nord à Paris, le ministre de l’intérieur a affirmé qu’il souhaitait la révocation du fonctionnaire mis en cause. Soit la sanction administrative la plus lourde. « Il n’a rien à faire dans la police », a insisté Gérald Darmanin. « Ce policier ne sera pas réintégré, indépendamment de l’enquête », a-t-il promis.

La veille, il avait déjà confié, au micro d’Europe 1, que le policier officiant au commissariat des Ve et VIe arrondissements de Paris « a sali non seulement toutes les femmes qui essaient de déposer plainte (…) mais il a craché sur l’uniforme de la République de ses 250 000 autres collègues ». « Ce monsieur n’a plus sa place dans la police nationale », disait Darmanin. Tout en rappelant la procédure : « Je ne suis pas le seul à décider puisque évidemment il y a des recours juridictionnels. »

Une précaution dont il s’est débarrassé depuis. (...)

Toujours très prompts à défendre leurs collègues, les syndicats de la police sont une nouvelle fois montés au créneau. Et notamment Unité SGP police, qui défend le fonctionnaire incriminé. « Gérald Darmanin va trop vite. Et ce n’est pas la première fois », a déclaré Yves Lefebvre, le secrétaire général FSMI FO.

« Si Gérald Darmanin révoquait l’agent avant l’enquête, ce serait une faute administrative », a-t-il rappelé, cité dans Le Parisien. (...)

Avec des motivations différentes, des militantes féministes vont dans le même sens. « Je suis frappée du fait que Gérald Darmanin soit si prompt à parler de révocation alors que sur les violences policières, rien », dénonce Daria Marx, cofondatrice du collectif « Gras Politique » qui lutte contre la grossophobie. Selon elle, révoquer un policier pour une « injure sexiste » « n’a pas de sens ». « C’est pour apaiser Twitter ? »

Un avis partagé par la féministe Caroline De Haas : « Ce gouvernement est une honte. Il ne fait que de la communication, et il ment. »

Elle rappelle les propos tenus fin janvier par Darmanin jurant que les femmes victimes de violences conjugales n’avaient aucun souci quand elles portaient plainte. (...)

« Et aujourd’hui, Darmanin veut infliger la sanction la plus élevée possible pour injure sexiste ?, s’interroge De Haas. Je suis pour la proportionnalité des peines : oui, c’est grave, cela mérite une sanction de type suspension [avec suspension de salaire – ndlr] ou rétrogradation… C’est grave d’entendre un ministre de l’intérieur méconnaître à ce point le droit. »

« Ce n’est pas ça qu’on attendait, reprend Daria Marx. Ce qu’on veut, c’est un engagement à la formation des forces de l’ordre, que quelque chose se passe sur le collectif, l’institution. »
Interpeller les candidat·es à la présidentielle

Car c’est là que se niche le désaccord profond entre les féministes et le gouvernement : pour les premières, l’enregistrement révélé par Mediapart relève d’un problème systémique – elles en veulent pour preuves les nombreux témoignages de femmes recueillis ces dernières années –, quand le second plaide les quelques brebis égarées, à l’instar de la ministre déléguée Marlène Schiappa… (...)

« Et aujourd’hui, Darmanin veut infliger la sanction la plus élevée possible pour injure sexiste ?, s’interroge De Haas. Je suis pour la proportionnalité des peines : oui, c’est grave, cela mérite une sanction de type suspension [avec suspension de salaire – ndlr] ou rétrogradation… C’est grave d’entendre un ministre de l’intérieur méconnaître à ce point le droit. »

« Ce n’est pas ça qu’on attendait, reprend Daria Marx. Ce qu’on veut, c’est un engagement à la formation des forces de l’ordre, que quelque chose se passe sur le collectif, l’institution. »

Interpeller les candidat·es à la présidentielle

Car c’est là que se niche le désaccord profond entre les féministes et le gouvernement : pour les premières, l’enregistrement révélé par Mediapart relève d’un problème systémique – elles en veulent pour preuves les nombreux témoignages de femmes recueillis ces dernières années –, quand le second plaide les quelques brebis égarées, à l’instar de la ministre déléguée Marlène Schiappa… (...)

« Gérald Darmanin dit l’inverse de ce qu’on veut dire : ce n’est pas une personne qui crache sur l’uniforme… C’est un problème systémique. » (...)

« Cela fait des mois qu’on alerte le gouvernement, et qu’on se prend un mur », souligne aussi la journaliste Constance Vilanova, qui a lancé, avec la féministe Anna Toumazoff, le site #DoublePeine. Elles ont recueilli environ 600 témoignages en quelques mois.

« Le gouvernement ne répond pas du tout au problème structurel de misogynie qui gangrène la police, poursuit-elle. Si la révélation de cet enregistrement permet de sensibiliser plus, tant mieux. Mais c’est la partie immergée de l’iceberg. »

La journaliste, qui avait elle-même témoigné de sa propre histoire, se dit aujourd’hui « fatiguée ». « On croule sous les messages de victimes, et on ne sait plus quoi leur dire. On a très peu de solutions à apporter… J’ai l’impression d’être dans une impasse. »

L’espoir de ces militantes ? Que la campagne présidentielle permette au moins de remettre le sujet au cœur du débat public (...)

Dans une tribune publiée vendredi, 500 féministes, artistes, autrices, avocates et professionnelles de santé interpellent les candidat·es à la présidentielle dans une tribune. Parmi les signataires : Imany, Pénélope Bagieu, Andrea Bescond, Annie Ernaux, Bilal Hassani, Hoshi, Emily Loizeau, Lyes Louffok, Anna Mouglalis, Martin Winckler…

« Avez-vous prévu de révoquer les agents de police condamnés pour violences conjugales ?, demandent les signataires. Avez-vous prévu de sanctionner les policiers qui refusent de prendre les plaintes ? Avez-vous prévu de former de manière systématique et obligatoire l’ensemble des forces de l’ordre à l’accueil et la prise en charge des victimes ? Avez-vous prévu de mobiliser l’ensemble des agent·es (…) ? » Elles espèrent les réponses avant le premier tour de la présidentielle, le 10 avril prochain.