Les scandales qui enflent comme des grenouilles folles dans la médiasphère ne m’intéressent généralement pas. Il s’agit le plus souvent de contrefeux médiatiques qui ont pour objectif inavoué de détourner l’attention des choses plus importantes qui se trament en coulisse contre les peuples. Ce sont des diversions, des mulétas, selon l’image que j’aime tant.
Les allées du pouvoirDu coup, quand la déflagration de la publication du livre de Valérie Trierwieler a secoué le landernau médiatique, je me suis surtout dit qu’il y avait là un bon timing pour passer sous le boisseau une rentrée politique des plus calamiteuses, entre les attaques purement thatchériennes contre les classes populaires et laborieuses, l’éternelle et immonde réouverture de la chasse aux chômeurs, le tout sur fond d’un gouvernement caricatural qui n’a aucune légitimité à gouverner en reniant absolument toutes les promesses de campagne du candidat Hollande. Parce que oui, nous sommes confrontés à des tas de choses plus importantes que le témoignage de l’ex du président.
Sauf que… très rapidement, la nature des attaques contre ce livre m’a interloquée.
(...) L’un des aspects les plus intéressants pour moi, finalement, dans le récit de Trierweiler, c’est la confirmation de la domination des femmes jusqu’aux plus hauts échelons de notre système social, le fait que l’on attend généralement d’elles, non seulement d’être décoratives et muettes, mais aussi, exactement comme à n’importe quelle prolétaire, de donner gratuitement de leur temps à la carrière de leur compagnon.
C’est une problématique transversale aussi à ce livre et dont je ne peux m’affranchir alors que je viens justement de finir l’excellente contribution de Christine Delphy sur le travail ménager. (...)
Il ne s’agit pas de pleurer sur les pauvres femmes d’hommes puissants… ou plutôt si. Penser à monsieur Merkel auquel personne ne songe à faire peser le poids d’obligations grotesques qui ont plus à voir avec une mise en scène monarchique qu’une nécessité démocratique. Finalement, elle est bien intéressante, l’histoire de Valérie Trierweiler en ce qu’elle raconte de notre époque, de ses lâchetés et de ses faux-semblants. À travers elle, c’est aussi l’histoire de toutes les autres premières dames qui pleurent leur vie intime foulée au pied, leurs amours dévorées par l’ambition et les jeux de pouvoir, la ronde et les trahisons des courtisans, la féodalité du monde politique et l’absolue nécessité que nous avons, en tant que peuple libre, de nous en débarrasser.
C’est donc à la fois un livre sans aucune importance, une banale histoire d’amour qui finit à la une des journaux de référence, un règlement de compte dans le marigot, mais surtout, c’est une tragédie postmoderne où les sentiments et les personnes sont sacrifiés à la raison d’État, la postface d’un conte contemporain qui commence quand s’arrêtent toutes les autres histoires de pauvrette et de grand prince et se poursuit jusqu’à son inéluctable débâcle.
La banalité du mâle
Finalement, pourquoi en veut-on tellement à cette femme ?
Pas du landerneau ? Beaucoup d’autres prolos ont payé bien cher de s’être trop rapprochés des chasses gardées de l’élite.
Pas assez soumise au jeu médiatique ? Elle en connait les ficelles pour en avoir fait partie des années, mais passer de l’autre côté du miroir peut s’avérer autrement plus périlleux.Pas assez langue de bois, aussi. Pas à la hauteur de la duplicité nécessaire pour survivre au grand jeu de menteurs qu’est devenue l’action politique.
Pas assez digne, surement, comme une Anne Sinclair ou une Hillary Clinton… voire même une Ségolène Royal, celles qui connaissent le prix du pouvoir et préfèrent avaler des couleuvres en silence pour mieux préparer les coups suivants.
Après, c’est toujours un peu moche, un couple qui se sépare. Ça ne grandit personne. Ça nous rend tous un peu veules, totalement désespérés et follement méchants.
Et c’est peut-être ça, finalement, la grande force du livre de Valérie Trierweiler et ce qui va en faire le succès : l’histoire d’une femme ordinaire qui a enfin réussi à faire de François Hollande l’homme banal qu’il voulait être pour nous.