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Une sage-femme porte plainte contre des médecins : le signe d’une révolution
Article mis en ligne le 18 avril 2019

Le SYNGOF, le principal syndicat des gynécologues obstétriciens qui revendique 1600 membres, est habitué des attaques aux droits des femmes. Cette fois-ci, la riposte a été à la hauteur de l’exaspération qu’il provoque auprès des patientes.

Le 13 mars dernier, le SYNGOF a envoyé un courrier à ses membres pour les appeler à faire la grève des IVG. L’objectif des Dr Jean Marty et Elisabeth Paganelli à l’origine de cette action était de se faire entendre par la Ministre de la Santé pour défendre la situation de confrères mis en difficulté après avoir commis une faute professionnelle. On notera le procédé misogyne consistant à mettre en balance le droit des femmes à disposer de leur propre corps pour voler à la rescousse de confrères ayant commis des fautes professionnelles et donc des atteintes graves à la santé de femmes. Vu le sexisme éhonté régnant dans la profession, plus rien ne m’étonne.

Pour rappel, le SYNGOF attaque régulièrement le droit à l’IVG. (...)

Depuis le 13 mars, des féministes se mobilisent pour faire sanctionner les trois responsables du SYNGOF.

Parmi les principales actions, Anaïs Leleux militante à Nous Toutes a organisé l’envoi de 13 000 plaintes auprès de l’ordre des médecins.

Ensuite, un groupe de féministes composé notamment de Sonia Bisch, représentante du collectif Tout.e.s contre les violences obstétricales et gynécologiques, et de Fatima Benomar, porte-parole des Effronté-es, ont simulé une prise d’otage des femmes au siège de l’Ordre des Médecins. En entrant dans le bâtiment, elles ont été confrontées à Walter Vorhauer, Secrétaire général du Conseil National de l’Ordre des Médecins, avec lequel une discussion a eu lieu. (...)

Sous la pression de ces nombreuses actions, l’Ordre des Médecins semble s’être souvenu de la possibilité de s’auto-saisir. Il a annoncé le lendemain qu’il saisira la juridiction ordinale contre les trois responsables du SYNGOF, ce qui est une première victoire.

L’enjeu est que des sanctions exemplaires soient maintenant prononcées contres ces gynécologues. L’Ordre des Médecins devra démontrer qu’il se place du côté de la santé des femmes et du respect des principes éthiques de la profession, et non du côté de la bénédiction confraternelle de médecins qui portent donnent des coups de canif répétés au code de déontologie médicale.
Une sage-femme porte plainte contre les médecins

Parallèlement à ces actions se déroulant auprès du Conseil national de l’Ordre des Médecins à Paris, Gwendoline Cros, une étudiante sage-femme vivant à Lille, a déposé plainte pour les mêmes motifs contre les docteurs Jean Marty, Bertrand de Rochambeau et Elisabeth Paganelli auprès de leur Ordre départemental respectif (voir notamment l’article du Parisien Menace de grève de l’IVG : une femme dépose plainte contre le syndicat des gynécologues)

Le 10 avril dernier, elle a été convoquée pour une conciliation auprès de l’Ordre départemental des médecins du 77 à La Rochette, dans le cadre de sa plainte contre Bertrand de Rochambeau. (...)

Son action est très intéressante dans une perspective historique. Depuis le XIXe siècle, beaucoup de médecins ont trainé des sages-femmes devant les tribunaux, notamment suite à des accouchements qui se sont mal terminés. Dans de nombreux cas, des médecins ont poursuivi des sages-femmes alors même que les parents concernés refusaient de porter plainte et allaient même jusqu’à soutenir leur sage-femme, convaincus qu’elle avait fait tout son possible pour sauver la mère ou le bébé. Aujourd’hui encore, des sages-femmes sont régulièrement attaquées par des médecins, par exemple à l’occasion d’un transfert à l’hôpital d’une femme souhaitant accoucher à domicile ou tout simplement parce que certains médecins veulent mettre fin à l’accouchement à domicile.

L’inverse n’est pas vrai. (...)

Cette asymétrie dans les plaintes est l’illustration d’un rapport de domination entre les médecins et les sages-femmes. Il s’agit non seulement d’un rapport de domination de classe (les médecins appartenant traditionnellement à une classe sociale supérieur aux sages-femmes) mais également d’un rapport de domination de genre (les médecins étant, jusqu’il y a peu, exclusivement des hommes, et les sages-femmes, exclusivement des femmes). C’est ainsi que, drapés dans leur supériorité, des médecins s’estiment au-dessus des recommandations médicales, des avancées de la recherche scientifique, mais se pensent également supérieurs aux patientes forcément ignorantes, et aux sages-femmes qu’ils considèrent comme des petites mains utiles tant qu’elles restent sagement sous leur domination. Dès que l’une d’entre elle manifeste une once d’indépendance, elle devient à leurs yeux une menace qu’il faut éradiquer, notamment par la voie judiciaire.

Aujourd’hui, un retournement de situation vient d’avoir lieu. Le fait qu’une future sage-femme porte plainte contre des médecins est un basculement majeur dans les rapports de domination. Il est probable qu’elle ouvre la voie à d’autres plaintes de sages-femmes qui ont été témoins de scènes de violences obstétricales dans les salles d’accouchement, ou qui côtoient des obstétriciens ayant l’habitude de bafouer les recommandations médicales et de piétiner les droits des patientes lors des accouchements. Cette plainte d’une sage-femme contre trois médecins est le signe d’une révolution.