Les périodes de sécheresse rythmaient la vie des vignobles, vergers, pâturages et champs de coton qui s’étendent sur un million de kilomètres carrés, du Victoria au Queensland — une surface égale à celle de l’Égypte. Mais, début 2019, la chaleur extrême a entraîné une prolifération d’algues bleu-vert. Des centaines de milliers de poissons morts asphyxiés flottent au soleil, victimes de la mousse létale que produisent les cyanobactéries Dolichospermum et Microcystis. Les communautés locales font porter la responsabilité de cet écocide sur l’industrie agroalimentaire. (...)
Ce phénomène climatique baptisé « Angry Summer » a saisi le pays pour la première fois en 2012. Depuis, le « supervilain » gagne en dangerosité. Sept ans après, on recourt à un superlatif pour exprimer sa virulence : Angriest Summer. En seulement quatre-vingt-dix jours, 206 records de température ont été battus. Le 24 janvier 2019, le mercure a atteint 49,5 °C dans la ville de Port Augusta, en Australie-Méridionale.
Le groupe Total la présente comme « la première bioraffinerie française de taille mondiale, une des plus grandes d’Europe ». Voilà qui devrait conduire la plate-forme industrielle de la Mède, inaugurée dans les Bouches-du-Rhône en juillet 2019, à devenir à terme l’une des principales portes d’entrée d’huile de palme en Europe. C’est précisément cette dimension hors norme qui l’a placée dans le collimateur des ONG soucieuses de lutter contre la déforestation massive, en particulier en Asie. Sylvain Angerand, porte-parole de l’association Canopée Forêts vivantes, vient de déposer un recours pour « excès de pouvoir » devant le Conseil d’Etat, le 31 décembre 2019. Greenpeace France s’apprête à agir de même, contre ce que les deux ONG considèrent comme une nouvelle initiative du gouvernement français destinée à soutenir l’investissement de Total à la Mède. (...)
l’huile de palme en est exclue depuis le 1er janvier. Parce qu’il n’est plus possible d’ignorer l’impact dévastateur des gigantesques plantations de palmiers sur l’environnement, en particulier en Asie, parce que son bilan d’émissions de gaz à effet de serre n’est pas plus performant que celui des fossiles, cet oléagineux est, depuis plusieurs années, fortement contesté.
Le business plan de Total
Dans son texte, la direction des douanes commence par rappeler que « les produits à base d’huile de palme ne sont plus considérés comme des biocarburants à partir du 1er janvier 2020 », et incite donc ses fonctionnaires à en tenir compte dans leur mission dès à présent, c’est-à-dire avant même la publication prochaine d’une circulaire. A une exception près : la nouvelle règle, est-il précisé, ne s’applique pas aux agrocarburants à base de palm fatty acid distillate (PFAD). Ces « distillats d’acide gras de palme » sont issus du raffinage de l’huile de palme brute.
Si la note des douanes établit une exemption pour les PFAD, est-ce alors qu’ils seraient plus vertueux et mériteraient d’échapper à la vindicte ? Ce point de vue favorise en tout cas le business plan de Total. (...) Le ministère précise en outre que « l’approvisionnement de la bioraffinerie de la Mède en PFAD nécessite en plus un arrêté ministériel » sur les critères permettant de certifier leur provenance.