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Marie-Claude Saliceti
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Libération
Turquie : liberté provisoire pour 7 collaborateurs du journal Cumhuriyet
Article mis en ligne le 29 juillet 2017

Un tribunal d’Istanbul a ordonné vendredi la remise en liberté provisoire de sept collaborateurs du quotidien d’opposition Cumhuriyet, mais a maintenu en détention les principaux journalistes jugés dans le cadre d’un procès emblématique de l’érosion de la liberté de la presse en Turquie.

Le juge a ordonné la libération provisoire de sept accusés, dont le caricaturiste Musa Kart, mais a maintenu en détention préventive quatre piliers de Cumhuriyet : le chroniqueur francophone Kadri Gürsel, le journaliste d’investigation Ahmet Sik, le rédacteur en chef Murat Sabuncu et le patron du journal Akin Atalay.

« Ne vous en faites pas pour nous, nous sommes droit debout ! », a lancé ce dernier après l’annonce de la décision du juge, a constaté l’AFP, suscitant un tonnerre d’applaudissements dans la salle d’audience pleine à craquer sous une lumière blafarde.

Outre le caricaturiste Musa Kart, Güray Oz, écrivain et journaliste, Bülent Utku, membre de la Fondation Cumhuriyet et Turhan Günay, le rédacteur en chef du supplément « Livres » du journal figurent parmi les accusés concernés par la remise en liberté provisoire. La prochaine audience a été fixée au 11 septembre. (...)

Au total, 17 journalistes, dirigeants et autres collaborateurs actuels ou passés de Cumhuriyet, sont jugés depuis lundi pour avoir aidé diverses « organisations terroristes armées » et risquent jusqu’à 43 ans de prison. (...)

La décision prise vendredi conclut la première semaine du procès qui aura été marquée par une inversion des rôles, certains accusés profitant de la parole qui leur était donnée pour dresser un réquisitoire impitoyable contre le système judiciaire et le président Recep Tayyip Erdogan. (...)

Après avoir appris son maintien en détention, M. Sik a lancé : « Aujourd’hui, avec cette décision, ils veulent nous dire : +Nous vous mettrons à genoux+. Mais qu’ils sachent une chose : jusqu’à aujourd’hui, je me suis uniquement incliné devant mon père et ma mère ».

« Je suis si fière d’avoir élevé un fils comme lui », a répondu quelques minutes plus tard la mère du journaliste, Fatma Sik, devant le tribunal. « La vérité apparaîtra au jour et ceux qui ont balancé mon fils (...) à l’intérieur finiront eux-mêmes en prison. » (...)

Le procès de Cumhuriyet « est un test pour la Turquie, son issue indiquera quelle place les droits de l’homme et l’Etat de droit occuperont dans l’avenir du pays », a déclaré vendredi un collectif de défenseurs de la liberté de la presse, dont Reporters sans frontières.

« Nous allons continuer de réclamer justice et nous l’obtiendrons, tôt ou tard. Car au-delà d’une lutte pour libérer une ou deux personnes, il s’agit ici de se battre pour la justice », a déclaré à l’AFP l’un des avocats de la défense, Kemal Aytaç. (...)