Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
les nouvelles news
Tunisie : les fruits du printemps toujours dans la balance
Article mis en ligne le 7 juillet 2013
dernière modification le 4 juillet 2013

Depuis la révolution tunisienne, les femmes craignent un recul de leurs droits. Un domaine pourtant où elles sont plus libres qu’avant : la pratique de leur religion.

La révolution qui a évincé le dictateur Ben Ali en janvier 2011 a amené aux Tunisiens une liberté nouvelle et durement gagnée. Mais tandis que le pays découvre que la laïcité et l’Islam politique grandissant peuvent coexister, la situation des femmes est inégale. Certaines bénéficient d’une plus grande liberté de pratiquer leur religion, alors que d’autres craignent de perdre leurs droits.

« En tant que femme arabe et musulmane, en Tunisie, nous avions beaucoup d’avantages sous les deux derniers présidents ; mais depuis la révolution nous nous inquiétons pour nos droits », explique Sinda Garziz, 22 ans, militante des droits de l’Homme. « Les choses peuvent changer très vite mais nous n’abandonneront pas ce pour quoi nous nous sommes déjà battues. »

Les femmes tunisiennes ont amplement plus de droits que beaucoup d’autres en Afrique du Nord ou au Moyen-Orient ; le résultat non seulement d’une politique gouvernementale promouvant l’égalité et l’éducation des femmes, mais aussi d’un solide mouvement féministe dont l’histoire remonte aux années 30. (...)

« Mon problème ne tient pas à la religion ou aux gens qui pratiquent l’Islam. Mon problème est le fait de lier la politique et la religion, de créer une fusion entre ce qui est spirituel et ce qui est politique. La Tunisie est principalement musulmane mais il ne devrait pas y avoir du tout de partis religieux », commente Besma Khalfaoui, avocate, féministe et veuve du leader politique Chokri Belaid, assassiné en février dernier.

Ces inquiétudes vont au-delà du politique, jusque dans la sphère sociale. « Notre souci concernant le mouvement islamiste en Tunisie est qu’ils essaient de changer les mentalités des gens. Ils vont dans les endroits les plus pauvres de Tunis (là où il y a le plus de chômage et le moins d’éducation) et ils parlent aux hommes dans les mosquées, ils leur disent comment eux et leurs femmes devraient se comporter à la maison. C’est plus dangereux que la politique et ce sera plus long à changer à l’avenir », déplore Sinda Garziz. (...)

Le futur des femmes en Tunisie demeure incertain ; la population attend la finalisation de la constitution et les élections nationales, prévues pour fin 2013 ou début 2014. Ce qui est clair est que, quels que soient leurs points de vue politiques ou religieux, les Tunisiennes ont une voix forte et comptent se battre pour leurs droits.