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Toutes les femmes sont féministes, ou alors on se suicide tout de suite
par Delphine Seyrig
Article mis en ligne le 25 avril 2016
dernière modification le 21 avril 2016

Après l’interview magistrale de Delphine Seyrig ridiculisant pour l’éternité un certain Claude Lanzmann odieux de sexisme mielleux, nous vous invitons à visionner un autre extrait d’entretien durant lequel l’actrice aborde son engagement dans le féminisme. Nous retranscrivons ici cet extrait.

Disons que je suis très heureuse d’aborder une vision des femmes inconnue, plus approfondie et inconnue. Du fait que en général ce sont des hommes qui font des films et que quelle que soit leur perception des choses, quelle que soit leur sensibilité, il y a des réalisateurs comme Bergman qui ont passé leur vie à faire des films sur des femmes, quand les femmes vont parler d’elles-mêmes, je crois que ça va être complètement différent.

Les stéréotypes de personnage, les mères, les prostituées, les mauvaises femmes, les nymphettes, toute une gamme bien précise qu’on voit dans tous les films, à partir du moment où ces mêmes sujets vont être abordés par les femmes comme la prostitution par exemple, je pense que ce sera sous un angle qu’on n’aura pas encore vu.

Je crois que toutes les femmes sont féministes. Ou alors on se suicide tout de suite. Ou on est une femme et on voit que il n’y a pas d’espoir et la place des femme dans le monde est très très limitée, à savoir faire des enfants, faire la cuisine, faire la vaisselle, se lever, et toute sa vie servir un mari et des enfants. C’est une vocation préfabriquée. On nous élève toute petite à ça. Je crois que toutes les femmes le savent, quand elles sont toute petite fille qu’on les prédestine à ça. A un moment ou à un autre, on se met plus ou moins consciemment en colère contre ça. Ca peut prendre des formes différentes (...)

Peut-être que maintenant les femmes vont commencer à ne pas se baser sur le jugement des hommes sur elles. Et à ce moment là la féminité, le maquillage tout ça va changer. Si elles pensent que elles ont une valeur en elles-mêmes, elles n’éprouveront plus le besoin d’épouser les critères des hommes. Peut-être.

Ce qui est remis en cause, c’est le choix. Aucune femme ne dira qu’elle renie par exemple maternité, du moins pour toutes les femmes. Peut-être qu’elle le renie pour elle-même, peut-être qu’elle ne veut pas de la maternité pour elle-même. Ce que les femmes veulent, c’est avoir le choix de pouvoir être mère ou ne pas l’être, de pouvoir faire ce qu’elles ont envie de faire, d’avoir un choix.

Jusqu’à il y maintenant il y avait une moitié de l’humanité dont le destin était déjà préfabriqué à la naissance. Et cette moitié de l’humanité c’était les femmes parce que les hommes ont toujours eu une possibilité même de rêve, d’autre chose.
(...)