« Il m’a obligée à faire toutes sortes de choses… Des fois il demandait juste que je le touche. Des fois il voulait coucher avec moi. Il s’en allait puis il revenait. Ça recommençait. »
Au moment d’être secourue par SOS MEDITERRANEE, en décembre 2016, la jeune Yasmine, originaire de Côte d’Ivoire, n’a que 16 ans. Reconnaissant en Marie Rajablat, infirmière en milieu psychiatrique embarquée sur l’Aquarius, une « grand-mère » à qui l’on peut tout confier, la jeune fille raconte la mort de son père, important représentant de son village tué par « les rebelles », puis sa fuite avec le reste de sa famille. Le témoignage de Yasmine et celui de nombreux autres rescapés, dont plusieurs mineurs, formera la trame du recueil « Les Naufragés de l’enfer ».
« Nous, on est Dioulas, une des plus importantes ethnies. Il y a les Bété, les Baoulés, les Peuls, les Malinkés. Je ne sais pas ce qui nous oppose, mais en tous cas, ces affrontements sont sanglants. Il y avait des morts partout en ville et dans les villages. Personne n’était en sécurité et la police ne réussissait pas à maintenir l’ordre... Alors mon oncle a décidé, avec l’accord de ma mère, de quitter le pays pour l’Europe. On est partis tous les trois, ma tante, mon oncle et moi. On a traversé le Mali puis le Niger sans problème. Après, ça a été terrible. (…)
Arrivés en Libye, c’est devenu dangereux. Partout il fallait se cacher pour échapper aux rebelles. On se déplaçait en groupe, avec nos frères noirs, pour essayer de se protéger les uns les autres. On nous demandait toujours de l’argent en plus, pour pouvoir passer d’une étape à une autre. Ils battaient des hommes. Ils tiraient sur d’autres. Ils n’étaient pas morts mais ils les laissaient là, comme ça. On a vu plein de morts sur le bord de la route. Ils étaient laissés là, comme ça, sans tombe. On a fait toute la route d’Agadès à Tripoli avec la peur. On avait très peu à boire et encore moins à manger. A Beni-Walid on a été arrêtés par les rebelles. Comme ils voulaient séparer les femmes des hommes, [ces derniers] se sont interposés. Alors les rebelles ont tiré. Mon oncle a été tué. Nous, les femmes, on s’est enfuies mais certaines ont été rattrapées, comme ma tante.
Moi, j’ai réussi à me cacher. Puis, j’ai vu un chauffeur de taxi qui n’avait pas l’air méchant. Il avait l’air généreux. Alors, je suis allée lui demander de l’aide... Il m’a emmenée dans une maison en ruine, dans une pièce où il m’a enfermée pendant plusieurs jours. Je sais pas exactement combien mais pas plus d’une semaine. Il m’a obligée à faire toutes sortes de choses… (...)
Marie a entendu tant d’histoires d’horreur, surtout de garçons, parfois très jeunes, mais à l’occasion également de filles, qui de manière générale, restent plus silencieuses… Les histoires de violences sexuelles, voire de prostitution forcée dans le cadre du trafic des femmes, sont souvent au cœur de leur récit. (...)