Créé en 1954, Le Monde diplomatique a 60 ans. Mais il ne prend pas sa retraite. Pour tout dire, nous pensons même devoir travailler encore longtemps. Il faut bien faire une concession à son époque...
Au fil des décennies, l’engagement intellectuel de ce journal est resté intact, mais son rôle a changé. Dès le début des années 1970, son directeur, Claude Julien, a compris, de même qu’Ignacio Ramonet après lui, qu’une telle publication ne saurait se contenter, comme au temps de Dien Bien Phu et des débuts de la guerre d’Algérie, d’offrir des informations à des lecteurs qui en manquaient. Mais qu’il lui incomberait de proposer des repères, des explications susceptibles de donner sens à la grêle de données qui chaque jour s’abat sur nous.
Informer, c’est choisir. C’est-à-dire, aussi, écarter. La plus impitoyable des censures consiste à tout dire en même temps — image, son, commentaire en direct, réaction instantanée. Le torrent de l’accessoire engloutit le filet du nécessaire. Nos choix peuvent être jugés arbitraires, mais nous les revendiquons. Ils ont pour particularité d’être collectifs et indépendants. (...)