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Marie-Claude Saliceti
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Secours en mer aux migrants : un trafiquant était à la table des discussions
Article mis en ligne le 31 octobre 2019

L’information a été révélée par l’équivalent italien du journal La Croix. Durant l’année 2017, le PD (Parti démocrate, gauche) d’Italie a invité à la table des négociations concernant le sauvetage en mer de migrants un trafiquant d’êtres humains bien connu. Médiapart a relayé l’information en français.

« Sur la photo, l’homme pose en excellente compagnie, costume sombre et chemise blanche, cravate légèrement de travers. Outre des représentants venus comme lui de Libye, on distingue des officiers de la Guardia Costiera (les garde-côtes italiens) et des fonctionnaires de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM, une agence de l’ONU). Ce jour de mai 2017, à Rome, tous sont réunis pour discuter des opérations de sauvetage en Méditerranée centrale et de la création d’une zone de secours sous responsabilité de Tripoli – officiellement pour améliorer le sort des migrants. (...)

un « détail » était passé inaperçu jusqu’à sa révélation par la presse italienne début octobre : l’homme au costume sombre n’est autre qu’Abd al-Rahman al-Milad, surnommé « Bija », l’un des plus grands trafiquants d’êtres humains en Libye, aujourd’hui visé par un mandat du Conseil de sécurité des Nations unies et empêché de quitter son pays. Depuis quelques jours, les journalistes italiens à l’origine de ce scoop circulent sous protection policière, menacés par Bija lui-même »

Les autorités italiennes de gauche, démasquées, ont ainsi traité en 2017 avec des trafiquants d’êtres humains, pour bloquer les arrivées de migrants avant leur départ des côtes africaines. (...)

Selon le Groupe d’experts, Milad et d’autres garde-côtes auraient directement participé au sabordage d’embarcations de migrants par armes à feu. Al-Milad collabore avec d’autres passeurs tels que Mohammed Kachlaf (dont l’inscription est également proposée) qui, d’après certaines sources, en contrepartie de la protection qu’il lui apporte, peut mener des opérations illicites en rapport avec la traite et le trafic de migrants. Lors d’enquêtes criminelles, plusieurs témoins ont déclaré avoir été recueillis en mer par des hommes armés sur un navire des garde-côtes appelé Tallil (utilisé par al-Milad) puis emmenés au centre de détention d’al-Nasr, où ils auraient été détenus dans des conditions d’extrême brutalité et roués de coups. »

Des parlementaires italiens demandent désormais des comptes et que toute la lumière soit faite sur ce potentiel scandale. Y compris de savoir si ces négociations sont toujours en cours. (...)

une chose est certaine : depuis 2017, les arrivées de migrants sur nos côtes ont chuté depuis l’Italie, mais se sont accélérées depuis d’autres pays. En scellant le sort de Kadhafi en Libye, les Occidentaux y ayant contribué ont provoqué un séisme avec des conséquences historiques et dramatiques des deux côtés de la Méditerranée.