Plus d’un millier de migrants venant d’Afrique des Grands Lacs vivent dans le seul campement de Mayotte, à Tsoundzou 2, au sud de Mamoudzou. Ce lieu de vie informel, toléré par les autorités, n’a cessé de grossir face à des l’absence d’alternatives. Sur l’île, l’hébergement d’urgence est totalement saturé. Or Tsoundzou 2 peut difficilement s’agrandir davantage : le camp est cerné par la mangrove et menacé par les marées de l’océan Indien tout proche.
(...) Pour ce père de trois enfants arrivé il y a deux mois à Mayotte, chaque jour débute par la même routine. "Aller puiser de l’eau à la cuve et tenter de nourrir ma famille", explique-t-il, caressant la tête de son enfant avec tendresse.
Pour remplir ses bidons, il s’aventure dans le dédale de l’immense camp de Tsoundzou 2 jusqu’aux cuves installées par l’ONG Solidarité International. "Souvent, on ne trouve que très peu, voire pas une goutte d’eau car il n’y en a pas assez pour tout le monde", continue Trésor alors que la température atteint les 30 degrés à l’ombre. "C’est pareil pour les toilettes. Il n’y en a que cinq pour tout le monde. C’est totalement insalubre". Aujourd’hui, environ 1 000 personnes - dont 200 femmes et 150 enfants - vivent dans ce labyrinthe de cabanes composées de bâches tendues sur des bambous. (...)
Hébergement saturé
Seul campement informel de Mayotte, situé au sud de Mamoudzou, chef-lieu de l’île, cet endroit est aussi l’unique lieu d’habitation possible pour les migrants venant de l’Afrique des Grands Lacs sur l’archipel. Et ils sont de plus en plus nombreux à y arriver. (...)
Des arrivées de Congolais principalement qui font écho aux chiffres de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) : les ressortissants de République démocratique du Congo (RDC) sont aujourd’hui la première nationalité de demandeurs d’asile sur l’île, loin devant les Comoriens. (...)
Mais difficile de loger ces nouveaux arrivants. Le dispositif d’hébergement d’urgence de Mayotte peine à absorber ce flux. Avec 1 060 places disponibles sur toute l’île, le réseau - impacté par les dégâts du cyclone Chido et la perturbation de l’administration par les blocages de préfecture par des collectifs citoyens - est totalement saturé. "Et on peine à trouver de nouveaux logements", confient à InfoMigrants des sources associatives. Les nouveaux arrivants n’ont d’autre choix que de se rendre dans le campement. (...)
Abris sur pilotis
Au surnombre s’ajoutent aussi les aléas de la nature. L’expansion du camp commence à être menacée par la mangrove et l’océan qui se trouve à quelques mètres des dernières habitations. Les occupants sont obligés de construire toujours plus proche de l’eau "faute de place". (...)
Or "l’eau monte. Les gens vivent les pieds dans l’eau", décrit Kennedy. Ainsi, les abris sont construits sur pilotis. "Le sol de ma cabane se retrouve recouvert d’eau 3 à 4 fois par semaine", complète Trésor. "Notre lit est relevé mais tout le reste baigne dans l’eau".
Assise sur un sommier de bambou à l’abri du soleil, Mireille partage le même ressentiment. "Ici, notre vie est faite de souffrance", souffle la mère de famille. "J’ai une cabane mais jamais je n’appellerai ça une maison. Chaque jour presque, l’eau recouvre le sol de ma tente", confie cette mère, arrivée il y a trois mois de RDC avec ses quatre enfants, âgés de 16 à un an (...)
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