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Sauvetage des exilés en Méditerranée centrale : "après la Lybie, la seule porte de sortie, c’est la mer"
/Claire Juchat, chargée de communication à bord de l’Océan Viking de l’association SOS Méditerranée
Article mis en ligne le 11 août 2022

Il faut imaginer des personnes à l’eau à 300 mètres les uns des autres. Secourue, une femme enceinte est ensuite décédée à bord du bateau MSF.
Après le sauvetage, ils n’ont pas pu la réanimer. Ce naufrage a directement pu être observé. Mais il y a beaucoup d’autres pour lesquelles on n’a pas d’informations. Les embarcations disparaissent sans laisser de traces.

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En mer, les autorités tunisiennes ont recensé près de 250 personnes sauvées pour la seule nuit de jeudi à vendredi. Les ONG de surveillance et de sauvetage en mer ont secouru près de 2000 personnes en Méditerranée centrale depuis le début du mois de juillet, selon l’ONG SOS Méditerranée. Elles ont appelé mercredi l’UE à reprendre ses activités de recherche et de secours pour les aider à répondre à l’afflux de migrants pendant l’été.

Nous faisons face à un autre problème spécifique à cette route migratoire. Depuis 2018, la zone au large des côtes libyennes est sous la responsabilité des garde-côtes libyens. Lorsque les garde-côtes les interceptent, les personnes sont ensuite ramenées en Libye. Or, ces rescapés doivent être débarqués en lieu sûr. L’UNHCR et des agences onusiennes assurent que la Libye ne peut pas être considérée comme un lieu sûr pour les débarquements.

Lorsqu’elles sont ramenées sur les côtes libyennes, les personnes sont directement envoyées dans des centres de détention. Le cycle d’abus recommence (...)

De nombreux rapports montrent que ces personnes sont sujettes à des violations de droits humains systématiques. De nombreux cas de personnes ont été recensé dans des centres de détentions et ont subi des violences y compris sexuelles. (...)

Elles tentent de fuir cet enfer en prenant la Méditerranée. (...)

Certains centres sont dits officiels, gérés par l’État libyen. La Libye a un gouvernement reconnu et soutenu par la communauté internationale, le gouvernement d’unité nationale (GNU). Mais il n’est pas reconnu par d’autres groupes politiques du pays.

En outre, certains centres de détention sont non officiels ou illégaux. Des personnes ont des containers ou des caves chez eux. Les rescapés racontent des faits de torture. Les tortionnaires appellent les familles lors des actes de torture pour qu’ils puissent envoyer de l’argent. Ils promettent ensuite de les libérer.

La seule porte de sortie c’est de prendre la Méditerranée. Prendre le désert les expose à de trop grands risques.

Lybie, point de passage des routes de l’exil et torture dans les centres de détention

Le chaos qui a suivi la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 a fait de la Libye une voie privilégiée pour des dizaines de milliers de migrants originaires d’Afrique subsaharienne, de pays arabes et d’Asie du sud. (...)

Plusieurs milliers d’entre eux s’y sont retrouvés bloqués. Ils sont la proie de trafiquants quand ils ne meurent pas en tentant la périlleuse traversée de la Méditerranée. La Libye est régulièrement épinglée par les ONG pour les mauvais traitements infligés aux exilés. (...)

Sans informations des autorités, il y a plusieurs moyens de retrouver les embarcations. Nous avons une veille tout au long de la journée aux jumelles pour repérer les embarcations en détresse. Certaines ONG ont des avions de reconnaissance civile. Nous avons également un radar à bord. L’ONG d’assistance téléphonique Alarm Phone relaie certains appels en détresse. (...)

Le fait d’effectuer des recherches et sauvetage est une responsabilité étatique. Les ONG se sont créées en 2015 suite au désengagement des États en mer. C’est leur responsabilité d’avoir assez de navires et de mettre en place un système adéquat de recherche et sauvetage.

Mais ce désengagement ne s’arrête pas là. Une fois les personnes sauvées, les autorités nous font parfois attendre jusqu’à 11 jours avant de débarquer. Elles sont chargées de nous assigner un lieu sûr. Ces temps sont de plus en plus longs.

Nous attendons également que les États membres et les États associés à l’Union européenne mettent en place une flotte de recherche et de sauvetage adéquate, dirigée par les États. Qu’elle soit capable d’apporter une réponse rapide et adéquate à tous les appels de détresse et de débarquer les personnes rescapées. (...)

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