Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Les nouvelles news
Remaniement et égalité : satisfecit et déceptions
Article mis en ligne le 28 août 2014

Un gouvernement paritaire, Najat Vallaud-Belkacem à l’éducation mais un secrétariat d’Etat rattaché au ministère de la santé, les dérangés du genre en ébullition... La politique d’égalité fait débat.

Si le volet économique du remaniement fait grincer dans les rangs de la majorité présidentielle et comble de joie le Medef, le volet sociétal, lui, irrite de façons plus diverses.

La plupart des militant-e-s de l’égalité femmes hommes regrettent que Najat Vallaud-Belkacem ne soit plus ministre des Droits des femmes mais se réjouissent de la voir devenir ministre de l’Éducation Nationale. Pas seulement parce qu’elle est la première femme à occuper ce poste mais parce que ce sera l’occasion de mettre en place les ABCD de l’égalité, ce programme d’enseignement de l’égalité entre filles et garçons tant honni par la droite traditionaliste.

Bon signe pour l’éducation à l’égalité

Et les cris d’orfraie n’ont pas tardé dès l’annonce de sa nomination. « C’est une ultime provocation. Cela finira très mal », menace le sénateur UMP Pierre Charon sur iTélé. Motif de son courroux ? Ce que la droite ultra-conservatrice appelle « théorie du genre » pour mieux diaboliser « les études de genre » qui analysent la construction des inégalités entre hommes et femmes. Ce que la nouvelle ministre de l’Éducation a appelé « les combats imaginaires » de la « Manif pour tous » perdure à grand coups de mensonges et de désinformation (voir Les dérangés du genre à l’assaut des écoles.) (...)

A côté de ces gesticulations, c’est la suppression d’un ministère de plein exercice qui inquiète. Désormais, les droits des femmes seront confiés à un secrétariat d’Etat. Et c’est Pascale Boistard, qui en prend la responsabilité auprès de la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes. Le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes « regrette que la question des droits des femmes et de l’égalité entre les femmes et les hommes, après avoir été confiée à un ministère dédié et de plein exercice en 2012, un ministère élargi et de plein exercice en avril 2014, soit confiée aujourd’hui à un secrétariat d’Etat. » L’association Osez le féminisme est amère et parle d’un « enterrement du ministère des Droits des femmes ». (...)

Les Droits des femmes deviennent solubles dans les Affaires sociales et de la Santé. Pourquoi la santé ? Pourquoi pas le travail ou les finances par exemple ? Car l’un des nœuds des inégalités se trouve dans la sale habitude qu’a notre société de considérer le travail des femmes comme ayant une moindre valeur que celui des hommes (ou pas de valeur du tout pour ce qui est du travail domestique). L’infériorité économique crée l’infériorité tout court (...)

Et demain ?

La question de l’égalité est transversale et depuis 2012 devait irriguer tout le gouvernement. Le sujet restait cohérent avec la ville ou le sport qui sont des hauts lieux de discrimination (voir Droits des femmes, Ville, Jeunesse et Sports : un ministère "fourre-tout" ?). Un ministère entier a permis des avancées nombreuses qu’il s’agisse la loi égalité, de l’Ivg, de la question des violences ou de l’égalité professionnelle pour laquelle des sanctions sont enfin tombées.... Mais il reste encore beaucoup à faire et il n’est pas certain que la nouvelle place accordée aux droits des femmes dans le gouvernement permette la même marge de manœuvre que celle qu’avait Najat Vallaud-Belkacem jusqu’ici. Sur le feu notamment, la loi « renforçant la lutte contre le système prostitutionnel » est toujours dans les navettes parlementaires. Elle devait être votée avant la fin de cette année mais ne figure pas encore dans le calendrier du Sénat. (voir notre dossier Prostitution... vers l’abolition ?)