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Le Monde
« Rajeunir son vagin » : la polémique Maeva Ghennam, nouvel exemple des injonctions pesant sur les corps des femmes
Article mis en ligne le 10 septembre 2021

Le nom de Maeva Ghennam ne vous dira peut-être rien si vous n’êtes fan ni de téléréalité ni des réseaux sociaux. La jeune femme de 24 ans, ex-candidate de l’émission « Les Marseillais vs le reste du monde », est pourtant suivie par plus de 3 millions de personnes sur Instagram et presque autant sur TikTok, l’application phare des adolescents. Depuis plusieurs jours, elle est au centre d’une polémique qui, selon les associations féministes, est un nouvel exemple de la pression exercée sur les corps des femmes.

Jeudi 2 septembre, Maeva Ghennam a posté une vidéo depuis le cabinet de son gynécologue, où elle explique s’être fait « rajeunir le vagin ». « J’ai fait (…) de la radiofréquence et d

e la mésothérapie sans injection. (…) Je trouve que c’est super important d’avoir un beau vagin. J’ai vraiment de la chance, j’ai vraiment un beau vagin, je n’ai pas les lèvres qui dépassent. (…) C’est trop bien. Là, c’est comme si j’avais 12 ans », se réjouit-elle. (...)

Les propos de la star de téléréalité ont choqué de nombreux internautes qui l’accusent notamment de « sexualiser des enfants de 12 ans » et « d’inciter à la pédophilie ». Beaucoup reprochent aussi à l’influenceuse de « créer des complexes illégitimes » chez les jeunes filles. (...)

Face à l’ampleur des critiques, Maeva Ghennam a posté une nouvelle vidéo où elle présente des excuses. « Je me suis très mal exprimée. (…) Ce que j’ai dit, c’est très grave. (…) Je ne parlais pas de l’intérieur du vagin, je parlais du maillot », a-t-elle expliqué. (...)

« Attaquons-nous plutôt au patriarcat »

Sans nier la gravité de ses propos, de nombreuses féministes estiment toutefois qu’il ne faut pas hurler avec les loups en accablant Maeva Ghennam. Pour elles, les mots de l’influenceuse illustrent avant tout les injonctions très fortes qui pèsent sur le corps des femmes en général, et sur leurs parties génitales dans ce cas. Le cœur du problème, insistent-elles, c’est qu’une femme se sente obligée de modifier l’apparence de son sexe.

« Quand une femme confond vagin et vulve, et traite son corps comme un objet de performance esthétique à améliorer selon des normes objectifiantes et pédocriminelles, c’est à elle qu’il faut s’attaquer ? Ou au système patriarcal qui lui a inculqué ces notions ? », interroge ainsi l’association Osez le féminisme ! sur Twitter (...)

Plusieurs internautes ont relayé cette position, comme Nirina, étudiante à Sciences Po, qui juge le discours de Maeva Ghennam « dangereux » mais affirme que la star de téléréalité est aussi « une victime du patriarcat » :

« Qu’est-ce qui la pousse à tenir de tels propos ? Peut-être en partie des représentations faussées de ce que doit être une femme. (…) Dire simplement qu’elle est bête, c’est ignorer les mécanismes de domination du patriarcat. » (...)

Appelée nymphoplastie ou labioplastie, la chirurgie esthétique qui consiste à modifier la forme ou la taille des lèvres vaginales – moyennant 2 500 euros environ – est de plus en plus courante. L’objectif, pour les clientes qui y ont recours : avoir une vulve « parfaite », comprendre avec des petites lèvres qui ne dépassent pas. Un « canon de beauté » largement véhiculé par l’industrie du porno mainstream.