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Quartiers populaires : des habitants mobilisés contre les briseurs de rêves
Article mis en ligne le 18 février 2014

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Les habitants du quartier de la Villeneuve à Grenoble se rebiffent. La diffusion fin septembre d’un reportage de France 2 « La Villeneuve, un rêve brisé » a suscité émoi et colère dans la population. Des réactions d’autant plus fortes que depuis de longs mois une mobilisation locale se fait jour pour proposer un projet social et urbain pour le quartier. Loin des clichés d’un quartier dévasté, les habitants se veulent force de propositions, sur l’habitat, l’éducation, la culture.

Le reportage diffusé par « Envoyé spécial » sur France 2, le 26 septembre dernier, sur le quartier de La Villeneuve, à Grenoble, a réellement de quoi faire peur. Comme l’indique d’emblée la journaliste, cette cité modèle construite au début des années 1970 serait aujourd’hui « synonyme de ghetto », « une forteresse qui rend difficile l’intervention de la police ». Chiffres des voitures brûlées, trafic d’armes et de stupéfiants, familles recluses, habitants qui refusent de témoigner… Rien n’est épargné au sensationnalisme. Certes, ce quartier populaire de Grenoble est marqué par des phénomènes de violence, mais les habitants sont-ils condamnés à être présentés soit comme des truands, soit comme des victimes sans avenir ? C’est loin d’être l’avis d’une grande partie d’entre eux.

« Choqués, blessés et indignés par le reportage », ils ont immédiatement réagi en lançant une pétition, dans le cadre d’une assemblée populaire réunissant 300 personnes.« Nous sommes en colère, car ce reportage ne montre qu’une face de notre quartier. En colère, car il cède à la facilité et au sensationnel. Il est tendancieux, ce qui est indigne de notre service public de l’audiovisuel. Ce reportage ruine des années d’efforts déployés par des habitants, des professionnels et des élus de notre quartier. C’est inadmissible. » (...)

Début janvier, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a lui-même estimé que le reportage avait « manqué aux obligations déontologiques ». « Seuls les aspects négatifs ont été mis en avant, stigmatisant l’ensemble du quartier. (…) Les rares éléments positifs abordés à l’antenne ont été systématiquement dévalorisés par la mise en avant de la violence et du climat hostile qui règneraient dans le quartier », pointait le CSA. Les actions citoyennes ne manquent pourtant pas à la Villeneuve. (...)

quartier, ces habitants ont construit une réelle alternative au projet de renouvellement urbain mis en œuvre par l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru).

La Villeneuve est une cité pionnière en matière de community organizing en France. Portée par un petit groupe de militants décidés à renouveler les pratiques de participation des habitants, cette initiative – soutenue notamment par des fondations privées – s’inspire des méthodes du sociologue états-unien Saul Alinsky [1] développées à Chicago à partir des années 40. Adaptée au grand ensemble, elle a porté ses fruits. Plusieurs revendications ont obtenu gain de cause : baisse des charges dans le logement social, amélioration des conditions de travail des femmes de ménages dans les ensembles HLM, avec l’obtention de plusieurs CDI, et l’interdiction de la sous-traitance sur l’ensemble du parc de Grenoble Habitat (environ 2500 logements), accès facilité aux équipements culturels, obtention de nouveaux guichets pour les étudiants étrangers, reconstruction de l’école des Buttes à la Villeneuve qui avait brûlé… Fort de cette expérience, une Alliance citoyenne de Grenoble a vu le jour fin 2012, regroupant une cinquantaine d’associations.

« Un projet urbain démocratique » (...)

Côté privatisation des opérations d’urbanisme, le quartier de La Villeneuve est en première ligne : la multinationale Vinci a été choisie pour la gestion des futurs parkings et 150 logements sociaux ont été vendus sans concertation à des propriétaires privés.

Face à l’oubli de dimensions essentielles comme l’éducation ou le soutien à des processus économiques locaux (mais non au chiffre d’affaires de grands groupes du BTP !), les habitants se sont attelés à définir eux-mêmes leur projet urbain. (...)

En étudiant le projet municipal, les habitants ont découvert qu’aucun investissement n’est prévu dans les écoles du quartier, dont certaines sont vétustes. L’incendie de l’école des Buttes en 2011 avait pourtant mis en lumière les besoins de rénovation. Après avoir obtenu la reconstruction de l’établissement, les parents d’élèves ont demandé un diagnostic de l’ensemble des écoles de la Villeneuve. Ils exigent désormais un plan d’investissement dans l’infrastructure scolaire. « Nous avons besoin de bonnes écoles à la Villeneuve, car la plupart des parents mettent aujourd’hui leurs enfants dans le privé face à la crainte de l’échec scolaire », pointe un parent d’élève. (...)

Des expériences similaires d’appropriation démocratique des projets urbains existent ailleurs. « Cette démarche du projet alternatif s’inscrit dans une lignée internationale, celle notamment des quartiers de Bon Pastor à Barcelone, de Nuevo Alberdi à Rosario (Argentine), et encore dernièrement à Istanbul. Elle relie des pratiques et des nouvelles conceptions de la ville. Il s’agit de partir des résistances des habitants pour inscrire les pratiques de terrain dans un discours radical. Ce projet alternatif mobilise l’expertise citoyenne, celle des mouvements et celle qui se met au service des mouvements », analyse Gus Massiah.

A La Villeneuve, l’élaboration de propositions alternatives crédibles ont rouvert la porte des discussions avec les pouvoirs publics. (...)