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Marie-Claude Saliceti
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Première condamnation pour harcèlement sexuel "environnemental"
Article mis en ligne le 14 juillet 2015
dernière modification le 11 juillet 2015

Harcelement SexuelC’est inédit. Un journal a été condamné en première instance pour harcèlement sexuel « environnemental ». C’est la première fois qu’un conseil de prud’hommes condamne des faits qui ne visent pas une personne en particulier mais un environnement de travail sexiste. Explications.

Le 4 mai 2015, des femmes journalistes politiques publiaient une tribune pour dénoncer le sexisme et le harcèlement qu’elles subissent de la part d’hommes politiques. « Mais les femmes journalistes sont aussi exposées au harcèlement sexuel au sein de leurs rédactions et paient un lourd tribut quand elles le dénoncent. Comme toutes les salariées, elles sont peu nombreuses à pouvoir le faire, mais nous recevons fréquemment leurs témoignages », relève l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT).

Et c’est justement la plainte d’une journaliste qui vient de créer un précédent. Le 1er juillet, le conseil de prud’hommes de Tours a condamné le quotidien régional La Nouvelle République du Centre-Ouest à verser 10 000 euros de dommages-intérêts pour harcèlement moral et sexuel à « Mme G. » et l’équivalent de quinze mois de salaire au titre de l’indemnisation du préjudice lié à la rupture du contrat de travail. C’est la première fois qu’un conseil de prud’hommes qualifie de harcèlement sexuel à l’encontre d’une salariée des agissements qui ne la visaient pas personnellement.

« La gravité de la situation est largement sous-estimée »

La journaliste de La Nouvelle République du Centre-Ouest a dû entendre pendant des années les propos graveleux de ses collègues de travail. Elle endurait inlassablement la vulgarité ambiante (« Petite bite », « enculé de mes deux », « grosse burne », « je vous ferai une photo bien dégueulasse de chatte en gros plan »...) et a dû supporter des affiches et des fonds d’écran de femmes nues « dans des positions dégradantes ». Une ambiance de travail clairement misogyne.

À bout, elle choisit de réagir en novembre 2012, saisit le directeur départemental et affiche un poster contre le harcèlement sexuel disponible sur le site officiel stop-harcelement-sexuel.gouv.fr : « Chers collègues, la loi vous rappelle que le harcèlement sexuel n’est pas un jeu mais toujours une violence », dit le slogan.

Pourtant, rien ne se passe, ou plutôt, si : la journaliste est stigmatisée, ses collègues considèrent qu’elle casse l’ambiance. (...)

Marylin Baldeck reste tout de même prudente : « Ce jugement prud’hommal est un jugement de première instance, susceptible d’être frappé d’appel [de fait, le journal indique avoir fait appel du jugement, NDLR]. Cet angle reste donc à confirmer ».