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Marie-Claire
Pourquoi les femmes qui ne veulent pas d’enfant dérangent ?
Article mis en ligne le 20 septembre 2021
dernière modification le 19 septembre 2021

Tu changeras d’avis", "C’est triste et égoïste", "Tu vas vraiment refuser à tes parents le bonheur de devenir grands-parents ?"... Ces remarques, les femmes qui ont décidé de ne pas être mère les ont déjà toutes entendues au moins une fois. Incomprises voire inaudibles, jugées "incomplètes", elles sont encore majoritairement critiquées lorsqu’elles osent revendiquer haut et fort ce choix de vie.

D’autant que la France a le taux de fécondité le plus élevé d’Europe, avec un taux moyen de 1,84 naissances par femmes en 2020. Les femmes qui font le choix de ne pas devenir mères demeurent donc minoritaires. (...)

Comment les concernées vivent-elles ce choix et le regard de la société qui se pose sur celui-ci ? Nous avons recueilli les témoignages de plusieurs femmes, âgées de 25 ans à 55 ans.
Ne pas vouloir d’enfant : sujet tabou

L’experte en sociologie, professeure à l’université Rennes 2, Charlotte Debest, qui s’est intéressée à cette injonction solide au début de sa thèse, en 2008, assure que treize ans plus tard, le non-désir d’enfant demeure un sujet qui dérange. Vouloir des enfants reste encore pour bon nombre de personnes "une évidence" et "surtout pour les femmes".

“Certes, il y a la question des évolutions de la société et ses transformations, comme les droits des femmes, la PMA, la question des origines… Mais celle du désir d’enfant n’est vraiment jamais remise en question”, décrypte-t-elle.

Cette dernière décennie, et ces dernières années surtout, plusieurs livres ont pourtant brisé le silence autour du non-désir de maternité. En 2020, la journaliste Fiona Schmidt sortait Lâchez-nous l’utérus ! En finir avec la charge maternelle, adressé à toutes les femmes, et dont une partie est consacrée au non-désir d’enfant. Elle y pointe notamment du doigt la spécificité française : "Avant les années 1970, aucun média, aucun.e. sociologue, aucun scientifique ne s’est jamais intéressé aux individus qui ne voulaient pas d’enfants, qu’ils soient hommes ou femmes, en couple, ou célibataires." En effet, il a fallu attendre 1995 pour découvrir les travaux du démographe Laurent Toulemon, consacrés aux couples ne souhaitant pas avoir d’enfant. (...)

Plus récemment, au printemps 2021, le livre de Chloé Chaudet, J’ai décidé de ne pas être mère, dans lequel elle relate son choix et son expérience personnelle, a une nouvelle fois permis au sujet d’émerger. (...)

Un désir de maternité profondément inexistant

"Je n’ai jamais vu mon avenir avec des enfants”, témoigne Clémence, 25 ans. "C’est un désir que je n’ai jamais eu. Je me souviens avoir joué avec des bébés quand j’étais gamine et faire comme si c’était mes enfants. Mais quand j’ai dépassé l’âge de dix ans, la question ne se posait pas."

Sans pour autant avoir de décision arrêtée, la vingtenaire confie ne pas avoir de "projet d’avenir concret" et préfère envisager les choses "au fur et à mesure". "Tout ce que je sais, c’est que quand je pense à mon avenir, je me vois pas avec des enfants" (...)

Un désir de maternité profondément inexistant

"Je n’ai jamais vu mon avenir avec des enfants”, témoigne Clémence, 25 ans. "C’est un désir que je n’ai jamais eu. Je me souviens avoir joué avec des bébés quand j’étais gamine et faire comme si c’était mes enfants. Mais quand j’ai dépassé l’âge de dix ans, la question ne se posait pas."

Sans pour autant avoir de décision arrêtée, la vingtenaire confie ne pas avoir de "projet d’avenir concret" et préfère envisager les choses "au fur et à mesure". "Tout ce que je sais, c’est que quand je pense à mon avenir, je me vois pas avec des enfants" (...)

Lise n’a jamais souhaité devenir mère et "[sa] vie sentimentale a fait qu’[elle] n’a pas eu à [se] poser la question". "Je ne dis pas que je n’aurai pas eu envie d’être enceinte, de tester cette expérience, d’avoir mon enfant... Mais ça s’arrête là. Je n’ai pas envie d’être responsable d’un autre être humain, je n’ai pas envie de m’engager et je crois que je n’en ai jamais eu envie." À l’aube de la quarantaine pourtant, son avis se fait moins tranché. "Si je tombe enceinte aujourd’hui, je pense que je me poserai réellement la question, en me disant que c’est peut-être la dernière chance. Suis-je bien sûre de moi ? Ne vais-je pas regretter de ne pas avoir d’enfants, mais surtout de petits-enfants ?"

Agée de six ans de moins, Laurine est, quant à elle, sûre de son choix. Une certitude qui a pourtant fait face au doute : elle admet avoir un moment pensé que “[ses] hormones se réveilleraient peut-être.". Son non désir d’enfant est apparu “assez tôt, quand [elle était] dans [sa] vingtaine” et s’est "consolidé avec les années”. (...)

Un choix introspectif

Si la société projette encore et toujours sur celles qui font le choix de ne pas avoir d’enfant une image de femme égoïste, qui ne pense qu’à elle, pour certaines concernées, c’est bel et bien le fait de faire un enfant pour soi qui est jugé problématique.
À 25 ans, Mathilde a longuement construit sa pensée sur la question, "au fil de lectures féministes". “Je me suis rendue compte que toutes les raisons qui me pousseraient à avoir un enfant sont très égoïstes. Par exemple, parce que j’aime mon copain et que j’aimerais un être qui nous lie, parce que j’aimerais aussi transmettre des valeurs à un enfant. C’est égoïste de faire un enfant pour son plaisir personnel, et j’ai du mal à trouver d’autres raisons..."

Mathilde évoque également un autre élément pour justifier ce choix : sa conscience écologique. "Je ne comprends pas pourquoi il faudrait créer un humain, alors qu’on est déjà beaucoup trop sur la planète. Et je me demande : est-ce que j’ai envie de faire venir une nouvelle personne sur Terre avec tous les problèmes environnementaux qu’il y a déjà en ce moment ?"

Autre raison avancée par Laurine, la notion de sacrifice et, par là-même, celle de soin de soi qui lui est associée. "Ce sont des sacrifices - sommeil, argent et énergie - que je n’ai pas envie de faire. Je trouve quand même ça beau de voir ces parents qui ne se posent pas la question de savoir s’ils ont l’énergie ou pas. Ils se donnent corps et âme pour leurs enfants...", nous confie la trentenaire.
Jugées jusque dans la sémantique

Le poids que la société fait peser sur les épaules des femmes concernées se ressent jusque dans la sémantique. Dans la langue française, le fait de ne pas avoir/vouloir d’enfant est affublé d’un caractère péjoratif et négatif : le non-désir d’enfant. Même le mot "nullipare", désignant une femme n’ayant jamais donné la vie, n’est pas très heureux.

"Ces termes montrent qu’en France, on n’arrive pas à envisager l’absence d’enfant pour une femme, note la sociologue Charlotte Debest. (...)

La pression et l’idéal construit des autres

Ne pas vouloir d’enfant et le revendiquer, c’est devoir se confronter au regard des proches et, fatalement, à leurs avis souvent non-sollicités. (...)

Avant, on me demandait si j’étais en couple. Là j’ai passé les 25 ans, et on me demande directement si j’ai des enfants. Ça revient vraiment souvent et c’est parfois lourd. (...)

"Il y a souvent une réaction primaire des femmes. Elles estiment que mes arguments ne sont pas compréhensibles, puis elles me répondent en m’expliquant pourquoi je devrais être mère. C’est très agaçant", analyse la trentenaire qui évite désormais d’aborder la question. (...)

Quel avenir de couple ?

Le fait de ne pas vouloir être mère a évidemment des conséquences sur le couple. Comment se projeter avec un.e partenaire qui voudrait devenir parent ? (...)

“J’ai quand même eu une angoisse. Je me suis dit que Nicolas aura peut-être envie d’avoir des enfants. On a creusé le sujet, et maintenant, on est sur la même longueur d’ondes. Mais c’est aussi le fruit de discussions régulières. S’il avait vraiment eu envie d’être papa, ça aurait remis notre couple en question, parce que je n’aurai pas accepté de devenir mère pour lui faire plaisir.” (...)

Une vie épanouie et complète sans enfant, c’est possible

Toutes les femmes qui se sont confiées à nous lors de cette enquête disent être heureuses de leur vie telle qu’elle est. (...)

Autre argument brandi par ces cinq femmes : l’équilibre de vie et la liberté de pouvoir profiter de son temps libre. "J’ai un rythme de travail particulier et quand je ne travaille pas, j’aime profiter de mes loisirs. Ça implique aussi un coût financier", appuie Laurine. Avoir un enfant, c’est forcément devoir bouleverser son organisation, mais aussi ses loisirs, ses vacances. Des concessions que tout le monde n’est pas prêt à faire.

Anne indique s’être impliquée dans d’autres projets : son travail, son rôle de fille, d’amie et aussi de marraine. Sourire aux lèvres, elle conclut : "Avec Patrick, on a eu une vie épanouie et complète, sans enfant. Et sans regret."