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Pourquoi les femmes doivent se mettre en colère
Le Pouvoir de la colère des femmes, Soraya Chemaly, Albin Michel, 368 pages
Article mis en ligne le 12 janvier 2020
dernière modification le 11 janvier 2020

Vertu chez les garçons, honte chez les filles, la colère est un moyen d’affirmation de soi, un moyen d’accéder au pouvoir. Le livre de Soraya Chemaly ouvre des perspectives.

Quand nous évoquons les doubles standards de jugement dans les formations pour booster les carrières des femmes, les réactions au mot « colère » sont unanimes : un homme qui se met en colère au travail est perçu comme ayant du caractère, de l’autorité, une femme qui s’affirme ainsi est perçue comme « une hystérique ». Du coup les femmes anticipent les critiques et répriment cette émotion. Elles se censurent et sont réputées incapables d’avoir l’autorité nécessaire pour occuper des postes de management ou de direction… Ce n’est qu’une des innombrables discriminations subies par les femmes conditionnées pour ravaler leur colère et sourire.

Dans Le pouvoir de la colère des femmes, sorti en 2018 aux Etats-Unis et fin 2019 en France, l’autrice américaine Soraya Chemaly analyse avec finesse cette émotion que les filles et les garçons ont appris à ressentir différemment. Parce que le féminin est associé à une forme de passivité, parce qu’une « vraie femme » doit être douce, gentille, au service des autres, une femme en colère a le sentiment de perdre son identité de femme. Les hommes au contraire sont formatés pour être conquérants. (...)

réprimer la colère des femmes « est un puissant moyen de régulation – parfait pour limiter nos moyens de lutter contre les inégalités. »

Dans son ouvrage très documenté, Soraya Chemaly montre comment la société apprend aux enfants très jeunes des comportements différents. (...)

Les conséquences de l’opposition entre colère et féminité sont lourdes dans la vie professionnelle. « Là où les hommes disent volontiers éprouver une sensation de puissance, les femmes au contraire associent la colère à un sentiment d’impuissance » écrit Soraya Chemaly.

L’autrice fait le tour des sujets qui devraient mettre les femmes en colère que ce soit dans la sphère privée ou professionnelle, à la table du pouvoir, dans la rue avec le harcèlement ou encore dans des tueries misogynes (jamais définies comme telles). Difficile de ne pas être en colère en refermant ce livre.

Dans le dernier chapitre « une colère à soi » elle évoque la « rage muette » de tant de femmes et veut la transformer en « compétence colérique ». (...)