Les Institutions de la microfinance (IMF) s’intéressent aux femmes. C’est un fait indéniable. Au niveau mondial, les femmes représentent environ 70 % de la clientèle des IMF |1|. Certaines IMF ne ciblent que les femmes (17 % selon la « Campagne du microcrédit » |2|), et d’autres ciblent majoritairement les femmes (29 % auraient plus de 80 % de femmes parmi leurs clients). Cette préférence pour une clientèle féminine est très marquée en Asie mais s’observe partout ailleurs dans le monde. Ainsi au Maroc, d’après la FNAM |3|, le pourcentage des femmes clientes des IMF a oscillé entre 75,5 % et 64 % entre 2003 et 2010.
Par ailleurs, pratiquement la moitié de la population mondiale adulte (soit environ 2,5 milliards de personnes |4|) échappe au circuit bancaire (75 % des adultes gagnant moins d’un dollar par jour n’ont pas de compte en banque tandis que le taux d’inclusion bancaire oscille entre 87 et 98 % dans les pays occidentaux), le pourcentage est encore plus fort concernant les femmes : seules 37 % des femmes des pays en développement ont un compte bancaire (contre 46 % pour les hommes).
Dans les politiques étatiques ou les programmes des organisations internationales, la mention du microcrédit apparaît souvent dans le chapitre « politiques de genre » et les sites internet des institutions illustrent leurs activités principalement avec des photos de femmes.
Le discours officiel
Si le microcrédit a pour objectif de donner un accès à des produits financiers aux populations qui en sont exclues, les femmes viennent effectivement en priorité, parce qu’elles forment la population la plus pauvre et aussi la plus discriminée. D’autres arguments sont également avancés par les IMF : outre le fait qu’elles sont réputées mieux rembourser que les hommes, les femmes seraient plus soucieuses du bien-être familial, et donc mieux à même de faire profiter de leurs gains l’ensemble de leur famille. Enfin l’accès aux services financiers leur permettrait progressivement de mieux se faire entendre et reconnaître au sein de leur entourage et de leur communauté.
C’est pourquoi, franchissant allègrement le pas, le microcrédit affirme vouloir émanciper les femmes.
En résumé, il s’agit d’émanciper les pauvres –et les femmes en premier chef- par « l’inclusion financière », pour reprendre la terminologie en vigueur dans le monde de la finance.
De nombreux chercheurs et chercheuses ont multiplié les enquêtes et les études |5| pour savoir quel était l’impact réel des microcrédits en terme de lutte contre la pauvreté et d’émancipation des femmes. Les conclusions de certain(e)s sont sans appel :
Centrées sur une politique de l’offre et non de la demande, les IMF restent cantonnées dans une approche purement financière, sans prendre en compte le contexte néolibéral de l’extension de la crise, des inégalités et de la pauvreté, ni le contexte patriarcal de l’oppression des femmes (ce contexte est pourtant utilisé au moment d’extorquer les remboursements). Elles fonctionnent sur la base de multiples illusions : (...)
Des résultats dramatiques
Non seulement les prêts du microcrédit ne permettent que très rarement à leurs « bénéficiaires » de créer des activités génératrices de revenus (terminologie en usage dès lors que l’on parle des pauvres et des femmes) pérennes, mais ils créent au contraire plus de problèmes qu’ils n’en résolvent : (...)
Le microcrédit au service du libéralisme,
Même s’il avance masqué derrière des expériences populaires de type tontines, dont il prétend s’inspirer, le microcrédit est bien un avatar du libéralisme. (...)
es marchés financiers n’ont de cesse de trouver en permanence de nouvelles niches. La précédente était les migrants et le co-développement qui n’a eu de cesse, tout au long des années 2000, de mettre la main sur les transferts des migrants et de les endetter pour lancer des microprojets d’équipement au niveau des villages. Aujourd’hui, les transferts des migrants passent presque à 100 % par les banques. Il fallait donc trouver une nouvelle niche. Ce sera l’argent des pauvres. Aussi ridicule que cela paraisse, c’est bien pourtant l’objectif affiché. Bancariser d’ici 2020 (c’est-à-dire dans un temps très court) l’ensemble des habitants de la planète : tel est l’objectif que s’est fixé la Banque mondiale (...)
il faut inlassablement rappeler que seules de vigoureuses politiques publiques de création d’emplois et d’extension de services publics gratuits et de qualité sont à même de nous faire espérer un jour sortir de la spirale de la pauvreté et de l’accroissement des inégalités.
Des expériences de développement sectoriel ou territorial menées dans des pays comme l’Équateur, le Vietnam, le Venezuela |9| peuvent être accompagnées d’une offre de crédit subventionnée, à taux solidaires.
D’autres expériences, telle celle du Cercle d’Autopromotion pour le Développement Durable (CADD) au Bénin, montrent comment des expériences d’épargne-crédit coopératif, autogérées par les femmes elles-mêmes peuvent aboutir à une réelle amélioration des conditions de vie et à un processus de libération des femmes |10| . Elles montrent qu’il est possible de repenser la microfinance dans un contexte de solidarité et de non exploitation. Mais il importe dès lors de laisser les banques et les institutions à la porte et de sortir de la logique de l’usure et du profit.