Faut-il faire des enfants pour « préserver le modèle social français » et ainsi « maintenir la cohésion nationale » (moi qui croyais que c’était le rôle de l’Euro) ? Alors que la France se targue, depuis plusieurs décennies, d’avoir le taux de fécondité le plus élevé d’Europe, François Bayrou est sorti du bois, le 16 mai, pour casser l’ambiance.
Certes, l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) est passé de 2,0 enfants, entre 2006 et 2014, à 1,87 enfant en 2019, mais il se stabilise, rassurait l’Insee en 2020 –tout comme le nombre de naissances, en baisse chaque année depuis cinq ans, « mais à un rythme qui ralentit au fil des années ». Ce ralentissement, poursuit l’Insee, qui « concerne aussi bien les femmes aisées que celles appartenant aux ménages les plus modestes », touche « aussi bien les femmes qui n’avaient pas encore d’enfant que celles qui en avaient déjà », mais « ne concerne toutefois pas les immigrées, dont la fécondité reste stable ».
Le haut-commissaire au plan tire donc la sonnette d’alarme, car en-dessous d’un ICF de 2,1 enfants, le renouvellement des générations n’est pas assuré. « Il faut se ressaisir », dit-il, préconisant un « pacte national pour la démographie » afin d’assurer retraites et services publics, et ce via deux leviers : « avoir plus d’enfants » et « accueillir des personnes d’autres pays ». On pourrait ajouter : élargir la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes seules, c’est une idée, non ? (...)
La France n’est d’ailleurs pas la seule touchée par cette baisse de la natalité en Europe : la fécondité est en chute libre en Espagne, en Grèce ou en Italie, où le Sénat a voté en mars une « prime bébé » sous la forme d’une allocation mensuelle de 250 euros versée pour chaque naissance, du septième mois de grossesse aux 21 ans de l’enfant. Même la Chine, pays le plus peuplé du monde, fait face à un déclin démographique : cinq ans après avoir renoncé à sa politique de l’enfant unique en autorisant les couples à faire deux bambins, Pékin a repoussé la limite à trois le 31 mai. Mais les mesures annoncées en 2015 n’ont pas provoqué le baby-boom attendu. Spoiler : la natalité, ce n’est pas aussi simple que la bénédiction du gouvernement.
Prenez la France : comme relevé par le rapport Bayrou, « le désir idéal d’enfants qui est mesuré régulièrement par des enquêtes montre que les Français continuent à vouloir trois enfants ». Ah ! Ce n’est donc pas que les gens ne veulent pas d’enfants, c’est qu’ils n’en font pas, nuance. « Il faut une politique familiale qui permette aux gens d’avoir le nombre d’enfants qu’ils souhaitent », poursuit-il, rappelant que « la dégradation de la natalité en France a été concomitante des mesures fiscales touchant notamment le quotient familial ». On ne te le fait pas dire. (...)