Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Acrimed
Pour une éducation critique aux médias
Article mis en ligne le 20 mars 2016
dernière modification le 17 mars 2016

. Du 21 au 26 mars se tiendra la 27e Semaine de la presse et des médias dans l’école au cours de laquelle les entreprises de presse sont massivement valorisées par le ministère de l’Éducation nationale. L’occasion pour Acrimed de se pencher sur la critique des médias proposée par l’institution, et de commencer à explorer ce que pourrait être, en milieu scolaire, une réelle éducation critique aux médias. Les textes proposés ci-dessous ont été rassemblés dans un « 4 pages » disponible au bas de l’article, que nous vous encourageons vivement à diffuser et à exploiter lors de cette Semaine de la presse.

À l’école, critique ou contemplation des médias ?

L’Éducation nationale ne manque pas d’ambition quand il s’agit d’éducation aux médias. « Il s’agit de faire accéder les élèves à une compréhension des médias, des réseaux et des phénomènes informationnels dans toutes leurs dimensions : économique, sociétale, technique, éthique », apprend-on dans le Bulletin officiel du 26 novembre 2015 présentant les nouveaux programmes du collège.

Heureusement, les enseignant·e·s ne sont pas livré·e·s à eux/elles-mêmes pour remplir cette lourde tâche, et peuvent compter sur le Centre de liaison de l’éducation aux médias et à l’information (CLEMI), principal pôle de ressources et de formation du ministère pour tout ce qui touche aux médias. Or une étude approfondie de son site internet montre que l’éducation aux médias version CLEMI affiche des priorités moins ambitieuses qu’annoncées dans les programmes. Celle-ci se cantonne très majoritairement à une description de la fabrique de l’information et à un travail de production par les jeunes.

Rien à redire sur le JT
Prenons l’exemple du journal télévisé. Le CLEMI propose plusieurs outils pour analyser la grand-messe de l’information, dont une série de sept vidéos intitulée « Le JT, toute une histoire ». Le prologue est ponctué par cette phrase :

« Un journal télévisé c’est avant tout une énorme machine parfaitement huilée. Une rédaction comme celle de TF1 représente près de 500 personnes dont 250 journalistes qui se relaient en permanence pour produire 40 sujets par jour, 280 par semaine, près de 15 000 par an. »

Cette mécanique bien huilée est-elle bien la même qu’Acrimed, et d’autres, ont maintes fois épinglée pour des bidonnages, fausses interviews et traitements déséquilibrés de l’information ? (...)

Dérapages isolés ou mauvaises pratiques ?
Quand s’amorce un début de critique dans les supports de l’Éducation nationale – par exemple dans la vidéo « Le monteur, un menteur ? » –, celle-ci dénonce toujours les petites mains de l’information sans aller jusqu’à mettre en évidence les contraintes qui pèsent sur elles. Jamais ne sont mentionnés le rôle des patrons de médias et les pressions économiques qui s’exercent sur les journalistes.

Or la critique que nous proposons au sein d’Acrimed s’appuie sur ce constat : la domination des médias par des grands groupes privés favorise une information biaisée, faussement pluraliste et souvent orientée par les intérêts de quelques-uns. Dès lors on comprend que la connaissance des médias n’est qu’une première étape, nécessaire mais non suffisante. (...)

Depuis les attentats de 2015, l’idée que les jeunes seraient particulièrement séduit·e·s par les théories du complot fleurit un peu partout dans les médias dominants.

Si l’on peut difficilement nier que l’accès généralisé à Internet a favorisé la diffusion d’une information alternative parfois fantaisiste, il est nécessaire de prendre avec précaution les discours qui dénoncent ce phénomène de manière trop systématique. (...) En outre, il s’agit d’être vigilant·e·s face à des médias qui amalgament théories du complot et critiques bien fondées des collusions et des manigances avérées qui pourraient leur faire du tort. (...)

À l’encontre des interprétations de type « manipulation » pour expliquer un problème dans l’information, on peut travailler avec les élèves, suivant leur âge, sur le modèle économique de la presse et les conditions pratiques de production de l’information : le problème de la concentration, l’urgence, la concision imposées, la précarité, la tyrannie de l’audimat…

Ce qui permet par la suite de mentionner des médias alternatifs – alternatifs par leur modèle économique, leur rythme de parution, etc. Travailler sur le rôle qu’ont joué les journalistes dans la révélation de grandes affaires peut aussi contrebalancer l’idée qu’ils nous cachent quelque chose.

On peut bien sûr, et cela se fait déjà beaucoup, travailler à recouper les informations, et notamment à remonter à la source : retrouver celle d’une image et voir si elle correspond bien à sa légende, celle d’un discours pour vérifier s’il n’a pas été déformé, distinguer ceux et celles qui produisent l’information de ceux et celles qui se contentent de la relayer...

Il est également important d’apprendre à travailler avec les moteurs de recherche, ce qui suppose de questionner leur classement des résultats (...)

Une éducation critique aux médias ne peut faire l’impasse sur cette réalité centrale : les contenus médiatiques ne reflètent pas une vérité objective. Ils sont produits, contextualisés, anglés, cadrés. Ils véhiculent, délibérément ou non, un discours. (...)

Dans son livre L’image peut-elle tuer ?, écrit après le 11 septembre, la philosophe M.-J. Mondzain explique que « la violence d’une image donne de la force quand elle ne dépossède pas le spectateur de sa place de sujet parlant ». L’éducation des regards est donc primordiale pour aider les élèves à construire leur place de spectateur/trice face aux flots d’images véhiculés par les médias. (...)