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Pour ses concitoyennes, la Polonaise Barbara Nowacka ne lâchera rien
Weronika Zarachowicz
Article mis en ligne le 30 juillet 2019

En 2016, elle a mené la fronde contre un projet de loi visant à interdire l’avortement. Barbara Nowacka, Polonaise opiniâtre, tentera bientôt d’être élue députée. Pour défendre ses concitoyennes qui, par centaines de milliers, donnent désormais de la voix pour abolir le patriarcat.

Fin mai, Barbara Nowacka a eu « un coup au cœur ». L’écrasante victoire aux européennes de PiS (Prawo i Sprawiedliwosc, « droit et justice »), le parti ultraconservateur au pouvoir en Pologne, l’a sidérée, « comme tout le monde, – même la majorité ne s’attendait pas à un tel score ». Mais Barbara Nowacka, 44 ans, blondeur glacée et sourire rare, ne se laisse pas longtemps abattre. En cette fin juin, alors que Varsovie suffoque sous la canicule, elle pense déjà aux prochaines élections législatives d’octobre, où elle compte se présenter sous la bannière d’Inicjatywa Polska, le parti de gauche qu’elle a cofondé il y a trois ans. Le PiS s’annonce ultra favori ? « Peu importe, on DOIT gagner. »

Ne pas lâcher. C’est sa devise, elle « gouverne [sa] vie, depuis toute petite ». C’est cela qui l’a poussée à livrer bataille quand le gouvernement a voulu abolir le droit à l’avortement, en 2016. « Régulièrement, des groupes de pression intégristes, soutenus par l’Eglise, tentent de faire interdire l’IVG. Pour la première fois, l’un d’entre eux, Ordo Iuris, a obtenu l’appui du PiS, et la menace s’est rapprochée. Cette provocation nous a permis d’ouvrir un débat public sur un sujet jusque-là tabou. » Avec l’association Ratujmy Kobiety (« Sauvons les femmes »), Barbara Nowacka a fait feu de tout bois : conférences sur les avortements clandestins et le manque d’accès aux contraceptifs ; rapport comparant la situation des femmes polonaises avec celles des autres pays européens ; pétition à deux reprises pour présenter un contre-projet au Parlement.

La proposition de loi citoyenne autorisant l’IVG jusqu’à douze semaines, l’accès aux contraceptifs ainsi qu’une éducation sexuelle s’est fait retoquer. Mais pas le mouvement citoyen, devenu, au fil des semaines, massif. (...)

Et tout au long de la campagne des européennes, la communauté LGBT fut l’une des cibles principales du PiS et de la Confédération, regroupement de petits partis d’extrême droite (programme : « pas de juifs, pas de gays, pas d’avortement, pas d’impôt et pas d’Union européenne »).

Quant aux partisans de l’interdiction de l’avortement, ils ne baissent pas la garde, menés par Kaja Godek (qui a rejoint la Confédération), très active sur les réseaux sociaux. Exemple de tweet : « Que feras-tu si ton enfant devient gay […], s’il devient alcoolique, toxicomane, criminel ? Le mal est le mal, même s’il vient d’un parent proche. […] #StopDeviation # StopLGBT »

“Les contraceptifs sont hors de prix, l’éducation sexuelle, inexistante…”

Les résistances, dans un pays qui ne connaît pas la séparation entre Eglise et Etat, restent « considérables », reconnaît Nowacka. (...)

Mais les mentalités changent, peu à peu. Barbara Nowacka cite les organisations d’aide aux femmes, « plus nombreuses et plus visibles depuis 2016 » (...)

Lauréate du prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes (...)

Quand j’ai présenté le projet de loi au Parlement pour libéraliser l’avortement, je me suis sentie très seule. Mais j’ai pensé que ma mère aurait apprécié, elle qui s’est tellement battue pour cela. Si une situation ne vous convient pas, vous devez simplement agir. Sinon, rien ne changera jamais. »