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Pilule de 3e génération : ce que cette crise nous dit du système de santé français
Par Martin Winckler Médecin et écrivain
Article mis en ligne le 3 avril 2013
dernière modification le 31 mars 2013

Quelques jours avant le déremboursement des pilules de 3e et 4e générations, l’ANSM a révélé dans un rapport que ces méthodes contraceptives étaient responsables de 20 décès par an en France. Si, en février, les ventes de pilules ont chuté de 34%, la méfiance des Françaises envers les gynécologues ne s’explique pas uniquement par ce scandale. Précisions de Martin Winckler, médecin et écrivain.

(...) Vue depuis l’autre côté de l’Atlantique, cette situation n’est pas surprenante. Elle était même prévisible, et ce depuis longtemps. Le rejet massif par les femmes de médicaments qu’elles perçoivent comme dangereux était en effet inévitable, pour plusieurs raisons :

1. Le système de santé français repose sur une hiérarchisation archaïque, reflet de la structure sociale, qui compromet la bonne délivrance des soins : les médecins sont considérés comme "supérieurs" aux autres professionnels de santé et, à l’intérieur de la profession médicale, les hospitalo-universitaires et les spécialistes techniciens sont considérés comme "supérieurs" aux médecins (généralistes ou spécialistes) de première ligne. Cette situation se traduit par une hiérarchisation des soins non en fonction des besoins de la population, mais du désir d’auto-promotion des médecins, souvent lié aux intérêts financiers des industriels.

En clair : soigner les citoyens au jour le jour est moins intéressant que faire de la médecine spectaculaire. En ce qui concerne les femmes, la plupart des spécialistes hospitaliers s’intéressent avant tout aux maladies graves et aux techniques de pointe (cancer, chirurgie réparatrice, procréation médicalement assistée, technologies de l’accouchement) qu’aux besoins quotidiens (contraception, grossesse, gynécologie courante, sexologie, IVG, demandes de ligature de trompes par voie endoscopique, par exemple). Comme ce sont ces hospitaliers qui forment les médecins de première ligne (médecins généralistes, gynécologues de ville), on comprend que ceux-ci en sachent beaucoup moins sur la contraception que sur le dépistage du HPV et les colposcopies (dont on sait aujourd’hui que l’un et l’autre sont beaucoup trop fréquents). (...)

2. Cette situation favorise objectivement l’intrusion de l’industrie (pharmaceutique ou autre) dans les études de médecine. Quand un chef de service (et, a fortiori, un professeur de CHU) vante les mérites d’une pilule, de l’épisiotomie ou du dépistage mammographique précoce du cancer du sein, il est très difficile pour ceux qu’il dirige ou "éduque" de s’élever contre ce qui fait figure de dogme. (...)

En pratique, qu’est-ce qu’une utilisatrice de pilule (nouvelle ou de longue date) est en droit de connaître (et donc, d’obtenir de son médecin) aujourd’hui ? Petite liste non exhaustive :

 toutes les méthodes contraceptives disponibles, avec leurs avantages et leur inconvénients ;

 les effets secondaires probables ou prévisibles de chacune, en fonction de son âge, de ses antécédents personnels et familiaux, de son mode de vie, de ses projets de maternité ;

 les événements de la vie qui sont susceptibles de lui faire reconsidérer sa méthode de contraception et les options qui existent, quand elles le désirent !

 quels praticien(ne)s peuvent leur prescrire et leur poser les méthodes dont elles ont besoin : généralistes, sages-femmes, gynécologues devraient constituer tous ensemble un annuaire de celles et ceux qui posent couramment, et sans objection, des DIU et des implants aux femmes qui le demandent, et pratiquent des ligatures de trompes (ou peuvent référer à des praticiens qui le font) sans poser de questions ni culpabiliser les femmes qui en font la requête. (...)