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Parole des femmes et parole divine : quand la politique devient dogme…
/ Yolaine Vignaud
Article mis en ligne le 16 juillet 2022

Ces dernières semaines ont prouvé, s’il en était besoin, qu’en politique l’esprit d’équipe prévaut toujours sur l’esprit d’éthique... malheur à celles qui tombent le maillot.

J’ai longtemps voulu croire… Cernée par une enfance où l’absurde le disputait au sale, où l’indifférence avait un goût de moindre mal, où l’amour inconditionnel avait passé son tour, l’idée d’une espérance, d’un ailleurs juste, même s’il fallait en passer par la mort, et surtout la promesse d’un dieu qui aimerait tous ses enfants, m’a évidemment semblé plutôt séduisante. Me sachant mal équipée, et en bonne élève, j’ai d’abord tenté de rejoindre certains de mes camarades de classe aux cours de catéchisme du samedi matin… L’échec fut cuisant. (...)

Je finis donc par admettre que je ne goûterais jamais cette douce consolation qui semblait balayer les douleurs et les fautes ou en tout cas leur fournir un sens, et un alibi. Je ne trouverais pas dans les religions la clé de l’accès à l’espérance, j’y avais même plutôt trouvé les plus efficaces raisons de ne pas croire. J’étais et resterais agnostique.

Pourquoi cette (trop longue) introduction sur mon enfance ? Mais où donc veut-elle en venir ? vous demandez-vous. J’y viens. (...)

Nous avons assisté ces derniers mois à l’enchaînement de révélations de comportements inappropriés (aaah le doux euphémisme que voilà) envers des femmes de la part de figures politiques… Hulot, Darmanin, Abad, Peyrat, Bouhafs, Coquerel se sont retrouvés tout à tour sur la sellette, l’un chassant et banalisant l’autre. La parole se libère… comme ils disent. Les victimes, toutes les victimes, celles qui n’ont pas la « chance » d’avoir subi les assauts d’une « personnalitay » et dont, on ne va pas se mentir, par conséquent, tout le monde se contrecarre, devraient pouvoir s’en réjouir. (...)

Mais subir le spectacle désolant des champions de plateaux télé de chaque bord, puis de leurs factions militantes comme un seul homme sur les réseaux sociaux, qui instrumentalisent les révélations (et donc les victimes une petite fois supplémentaire… plaisir d’offrir !) pour se livrer une bataille rangée d’indignations feintes et de contorsions morales… c’en est trop. Appliquer quoiqu’il en coûte la loi du clan, par dessus tout, en dénonçant à grands cris ce qu’on pratiquera soi-même la semaine suivante, placer la loyauté envers le gourou, ou les lieutenants libidineux qu’il s’est choisis, au dessus de tout, fustiger l’inexcusable dans le camp d’en face le lundi puis enrober ensuite l’impardonnable dans son camp le mardi, voilà un ping-pong de la morale qui ressemble bien à une salve de kalachnikov dans la tête des quelques victimes qui ne seraient pas encore à terre. (...)