Il y a le « in » et le « off ». Le dispositif qui est disposé là pour être vu et qui dispose des personnes, et le hors-dispositif.
Le dispositif pour être vu commence par une grille munie d’une porte et de personnel pour garder l’accès. Des barrières mobiles pour canaliser la file d’attente. La police est à proximité. Depuis récemment, d’autres moyens d’accès que la file d’attente ont été mis en place, maraudes et référencement.
Et derrière, il y a un entrepôt sur deux niveaux qui est le lieu d’hébergement. Quatre cents places pour dix jours de séjour, soit quarante admissions par jour, quand le dispositif en aval n’est pas engorger et que les personnes admises peuvent être orientées vers d’autres lieux d’hébergement dans les délais. Sur le côté, une entrée – sortie pour les personnes admises, le personnel, les bénévoles, deux tourniquets, un pour l’entrée et l’autre pour la sortie, un bungalow pour les vigiles et des bornes pour la reconnaissance palmaire, comme au camp de containers de Calais.
En toile fond il y a la loi française, reprise de la législation européenne, qui dit qu’une demande d’asile doit être enregistrée par les autorités dans un délais de trois jours maximum (dix en cas de circonstances particulières), et qu’à partir de ce moment la personne peut bénéficier des conditions matérielles d’accueil prévues par la loi, dont l’hébergement.
Donc si la loi est respectée il ne doit pas y avoir là de personnes en demande d’asile ou souhaitant demander l’asile, il y a pour elles un autre circuit, rapide et efficace, par la PADA (Plate-forme d’Accueil des Demandeurs d’Asile) et la préfecture. En trois jours c’est réglé, la personne est reçue, enregistrée et orientée vers son lieu d’hébergement.
Donc cette bulle et ce « camp humanitaire » concerne d’autres personnes, des personnes sans abri. Mais pourquoi un dispositif distinct du dispositif de droit commun ? Pourquoi certaines personnes sans abri passent-elles par la bulle plutôt que par le 115 et le SIAO (Service Intégré d’Accueil (...)
Quatre cents places donc dans le « camp humanitaire », derrière la bulle. Dérisoire par rapport aux quelques huit cents personnes qui campent aux alentours dans l’espoir ou le désespoir de pouvoir passer la bulle. Et au nombre indéterminé de personnes concernées à Paris et aux alentours.
Dans ces deux étages d’entrepôts, il y aurait la place d’accueillir plus de personnes. Et puis il y a les mille cinq cents places des containers du camp de Calais, qui sont inutilisés. Ils auraient pu servir à la réouverture du camp de Grande-Synthe après l’incendie, mais non. Alors pourquoi pas Paris. Quitte à ce qu’il y ait plusieurs sites, c’est peut-être mieux que de concentrer une population dans le même lieu. Et il y a aussi des bâtiments vides dans Paris, après tout si on peut créer des milliers de places d’hébergements en CAO (Centres d’Accueil et d’Orientation – voir ici, ici, ici et là) hors de Paris, on doit aussi pouvoir à Paris – dans des maisons, pas dans des camps.
Mais ça ne semble pas la voie choisie. (...)
Il semble donc qu’on aille vers une pérennisation de l’indignité, plutôt que vers une augmentation des capacités d’accueil. Pérennisation – dans l’attente d’une destruction, comme à Calais ?