
Le 13 décembre, le ministre de l’éducation nationale Vincent PEILLON présentait, devant un auditoire composé des acteurs du numérique éducatif, un plan d’actions en direction des enseignants, des élèves, des parents, des collectivités territoriales pour hisser la question du numérique éducatif au rang d’objectif global national. A cette occasion, il affirmait que « le numérique offre une opportunité unique pour refonder l’école »
(...) Suffira-t-il aux élèves d’avoir du contenu en ligne, des corrigés du brevet et du bac pour apprendre et se construire une représentation cohérente du monde dans lequel ils vivent ?
Suffira-t-il aux enseignants de bénéficier d’une formation à distance pour mettre en place une pédagogie propice à « accompagner les élèves dans la société du numérique » dans une approche citoyenne ? (...)
Personne ne conteste que nous baignions dans une société du numérique qui transforme profondément les comportements et les rapports humains. Ainsi que l’écrivait Bruno JACOMY dans « une histoire des techniques », les nouveaux outils « ne prolongent plus seulement nos mains, nos jambes, nos muscles. Ils prolongent nos sens, nos organes de communication et dans une certaine mesure notre cerveau. » L’homme d’aujourd’hui a accès à une multitude d’informations, prenant appui sur des médias aux formes diverses. Les élèves baignent dans ce milieu numérique à la recherche du plaisir immédiat, « icôno-zappeurs » passant d’une information à une autre sans but précis apparent, activité le plus souvent individuelle qui laisse des traces dans l’inconscient sans qu’il y ait réflexivité. (...)
L’enseignement vise à faire organiser les informations reçues par celui qui apprend afin de modifier ce qu’il croyait vrai de la réalité observée en se construisant des savoirs extériorisés et formalisés de cette réalité. Il peut être intéressant de s’appuyer sur cette réalité virtuelle, mais est-ce suffisant ? Ce n’est qu’un apport parmi d’autres et s’il permet de sortir d’une transmission frontale par l’introduction d’un objet tiers (le poste informatique, vecteur des informations du Net), il ne suffit pas à construire du savoir chez l’élève. Mettre les élèves en stabulation libre devant les postes informatiques est tout aussi inefficace que de les soumettre à des exercices répétitifs dénués de sens pour eux. (...)
Il ne faudrait pas pour autant nier les compétences numériques acquises par les élèves hors l’école même s’il semble évident que les acquisitions soient inégales selon les milieux sociaux. Encore faut-il en avoir conscience et proposer des situations pédagogiques prenant en compte les acquis. (...)
C’est lors d’une synthèse active (construite collectivement) que la structuration des connaissances permettra à chacun de s’approprier le savoir visé.
Mais cette approche pédagogique se heurte à plusieurs écueils :
– un sous équipement informatique dans les établissements scolaires.
– des offres insuffisantes de ressources numériques éducatives de qualité.
– une formation insuffisante aux nouvelles technologies (le C2I2E suffit-il pour maîtriser les différents outils à disposition ?)
– une réflexion quasi inexistante sur la pédagogie à mettre en œuvre intégrant les apports numériques, sans pour autant individualiser les parcours ce qui mènerait à l’effet inverse de ce qui est annoncé : la réussite de tous.
La tâche semble donc colossale tant le retard pris est important créant de grandes inégalités selon les établissements et les territoires. (...)