« Se reconnecter à son énergie féminine », « reprendre le pouvoir de son sexe biologique »… En ligne ou dans les livres, on peut trouver de plus en plus d’invitations de ce genre. Derrière ces discours semblant libérateurs se cachent parfois des dangers pour soi et l’avancée des luttes féministes et LGBTI+.
Les contenus spirituels mentionnant l’existence d’une énergie féminine supérieure, d’un sexe biologique qui puiserait sa force dans la nature, ou encore d’une puissance sacrée dont les femmes auraient été déconnectées, abondent dans nos feeds de réseaux sociaux et sur les tables des librairies.
C’est quoi le « féminin sacré » et en quoi ça peut être dangereux ?
En résumé, le « féminin sacré » renvoie à une nature profonde des femmes, non-altérée par la culture patriarcale. Cela serait hérité de la préhistoire où ce qui était sacré était considéré comme féminin, soi-disant. Pour s’y reconnecter, plusieurs pratiques existent, souvent liées à des éléments naturels comme des recettes à base de plantes (façon potions de « sorcières modernes », expression que l’on retrouve beaucoup dans cette sphère), le recours à des pierres et cristaux pour se soigner (or, la lithothérapie tient d’un mythe contesté par la science), des accessoires comme des couronnes de fleurs, et autres rites rythmés par les astres.
Or, il y a une grande différence entre reconnaître l’influence des cycles de la lune sur le rythme des marées, et croire que cela aurait une incidence directe sur les menstruations humaines, par exemple. À vouloir ajouter de la spiritualité à sa vie, on peut avoir vite fait de verser dans l’ésotérisme. Si cela n’a rien de mal, certaines dérives peuvent s’avérer dangereuses pour soi. (...)
Outre le danger pour soi, individuellement, l’engouement pour ces pratiques peut également causer du tort, aux luttes féministes et d’autres minorités, à l’échelle collective. (...)
En effet, certaines de ces idées ont déjà largement dépassé le phénomène internet et littéraire, et l’on en retrouve jusque dans le champ de la maternité, constate Illana Weizman, autrice de Ceci est notre post-partum et de Des Blancs comme les autres ? Les Juifs, angle mort de l’antiracisme. D’après l’essayiste féministe et anti-raciste, l’idée principale véhiculée serait que les femmes porteraient en elles une force naturelle qui leur permettrait de mieux supporter la souffrance en enfantant. (...)
« Ils véhiculent l’idée que les accouchements n’ont pas besoin d’être aussi médicalisés qu’ils le sont. Mais la ligne est fine entre cette volonté de se réapproprier son accouchement, réussir à dépasser la douleur, et tomber dans un discours essentialisant qui assigne des caractéristiques physiques à des traits psychologiques, menant ainsi à des injonctions sexistes comme la maternité sacrificielle ou le don de soi. »
Un retour en arrière pour les luttes féministes (...)
Si ces théories peuvent sembler révolutionnaires, elles n’ont en réalité rien de neuf. Elles appartiennent au mouvement spirituel New Age datant des années 60 et prônant un retour à la nature. (...)
« Cette sacralisation du féminin est une arnaque. C’est une façon de dire « C’est tellement beau ce que vous faites », sans poser la question de pourquoi personne n’aide les femmes et ne les rémunère pour ce qu’elles font. Comme pour les soignants que l’on applaudissait à nos fenêtres pendant le confinement, mais dont le statut n’a jamais été revalorisé. » (...)
Un discours dangereux entre transphobie et dérives sectaires (...)
Un constat frappant, dans la lignée d’autres théories conspirationnistes, comme celles qui prétendent qu’il existe un lobby transphobe dirigé par Big Pharma qui forcerait tous les enfants à transitionner dans le but d’en faire des patients à vie grâce à la dose d’hormones quotidiennement nécessaire, conclut Daisy Letourneur :
« Si on commence à ne plus croire les médecins qui affirment que la transidentité existe bel et bien, les biologistes, qui disent que le sexe ne se divise pas en deux catégories, c’est une véritable porte d’entrée vers des pensées obscurantistes. »