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France TV Info
"Nègres", "pédés", "con de maghrébin" : des collégiens racontent leur interpellation
Article mis en ligne le 10 juin 2020

Quatre familles ont porté plainte après l’interpellation de leurs enfants. Quatre collégiens de 14 ans ont passé 24 heures en garde à vue au Kremlin-Bicêtre, pendant lesquelles ils ont subi des insultes racistes et homophobes, racontent-ils. Nous avons recueilli leur témoignages.

Ils ont 14 ans. Parce qu’ils sont mineurs, nous les appellerons Raphaël, Sadi, Yassine et Lucas. Ils sont amis du collège, qu’ils achèvent cette année. Ils sont fiers de passer en seconde générale l’année prochaine. Sauf Raphaël, inscrit en bac Pro sécurité parce qu’il sait déjà précisément ce qu’il veut faire plus tard : policier. Il a même déjà effectué un stage au commissariat de Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. Mais à part cette expérience, positive, aucun d’entre eux n’avait jamais eu affaire à la police. Jusqu’à ce mardi 26 mai qui leur laisse un goût amer.

Cet après-midi là, ils étaient heureux, tous les quatre, de se retrouver après les longues semaines de confinement. Ils s’étaient donné rendez-vous à 14 heures, sont allés au Franprix du coin acheter des boissons. Et puis un paquet de bonbons aussi. Avant de revenir devant l’immeuble de l’un d’eux. "On a vu des personnes arriver", raconte Raphaël, "ils nous ont fouillés, contrôlés". "Ils nous ont interpellés, mais ils ne nous ont pas dit pourquoi", poursuit Sadi. "On avait juste peur, on ne savait pas comment ça allait se finir".

"Mettez les deux noirs ensemble"

À ce moment-là, les choses ne font pourtant que commencer. Très vite, selon les quatre adolescents, les policiers se font insultants. "Ils nous ont dit : lui c’est un maghrébin, il est con", "eux, c’est des nègres, ils ne savent pas s’habiller", "vous êtes des pédés", énumèrent les collégiens. "Il casse les couilles ce noir", "mettez les deux noirs ensemble", ajoute encore l’avocat des familles, Me Jérôme Karsenti, dans les plaintes qu’il a déposées auprès du procureur de Créteil. (...)

La scène dure près de trois heures, racontent les adolescents. Debout contre le mur, pris en photo à l’aide des téléphones portables des agents de la brigade anti-criminalité (BAC), puis menottés avant d’être emmenés au commissariat. L’un dans une voiture. Aux trois autres, racontent-ils, il est demandé de s’entasser sur la banquette arrière, à côté d’un policier municipal, déjà installé. "Ils ont dit à mon copain qu’il avait qu’à monter sur mes jambes, ’vu qu’ils sont pédés’ et, comme j’ai répondu, le chauffeur s’est retourné et m’a mis une gifle", témoigne Yassine.

"Avant, je voyais des histoires de bavures sur les réseaux, mais je me suis jamais dit que ça pouvait m’arriver". (...)

La scène dure près de trois heures, racontent les adolescents. Debout contre le mur, pris en photo à l’aide des téléphones portables des agents de la brigade anti-criminalité (BAC), puis menottés avant d’être emmenés au commissariat. L’un dans une voiture. Aux trois autres, racontent-ils, il est demandé de s’entasser sur la banquette arrière, à côté d’un policier municipal, déjà installé. "Ils ont dit à mon copain qu’il avait qu’à monter sur mes jambes, ’vu qu’ils sont pédés’ et, comme j’ai répondu, le chauffeur s’est retourné et m’a mis une gifle", témoigne Yassine.

"Avant, je voyais des histoires de bavures sur les réseaux, mais je me suis jamais dit que ça pouvait m’arriver". (...)

leurs parents ont été prévenus tardivement, n’ont pas été informés de la possibilité de choisir un avocat, d’assister aux auditions. Les garçons, dont l’un souffre de crises de spasmophilie, n’ont vu de médecins qu’à partir de 2 heures du matin. Et surtout, des heures et des heures après leur interpellation, ils ne savent alors toujours pas ce qu’on leur reproche (...)

Les garde-à-vue vont durer 24 heures, les collégiens sont finalement relâchés sans aucune poursuite. Ils ne sont pas sortis de chez eux le jour du vol, le bornage de leurs téléphones portables le prouve. Celui qui a été désigné comme le "principal agresseur" était décrit comme mesurant 1,60 mètre. Il fait 1,87 mètre. "Ils ont quand même perquisitionné sa chambre", déplore la maman de Sadi. "C’est un enfant qui a encore son doudou, ses jouets. C’est la première fois qu’il sort de l’enfance, la première fois qu’on se sépare de lui". Pour tous, leur première rencontre avec la police. (...)

quatre jours après les faits, le samedi 30 mai, deux d’entre eux, vont faire l’objet d’un nouveau contrôle de police, par les mêmes fonctionnaires de la BAC. "On était avec d’autres copains au parc, mais ils ont voulu nous séparer", raconte Sadi. "Ils ont pris mon téléphone, ils ont regardé à l’intérieur, puis ils ont baissé mon masque", poursuit Yassine. "Ils m’ont dit : c’est toi qui a porté plainte ? Pourquoi tu nous aimes pas ?". Pour les parents c’est l’événement de trop. Quatre plaintes ont été déposées au total. (...)