La Cour européenne des droits de l’Homme a estimé la semaine dernière que l’expulsion d’un ressortissant afghan vers son pays d’origine, voulue par la Suède, l’exposait à un "risque réel de mauvais traitement" à son retour en Afghanistan. La Cour ordonne ainsi à Stockholm d’annuler cette expulsion.
Camouflet pour le gouvernement suédois. La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a estimé que la Suède ne pouvait pas renvoyer un ressortissant afghan vers son pays d’origine. Dans une décision rendue jeudi 26 mars, sept juges ont unanimement contesté cette expulsion, au motif qu’elle violerait l’article 3 (interdiction des traitements inhumains ou dégradants) de la Convention européenne des droits de l’Homme.
L’affaire concerne le cas de D.M., un Afghan arrivé en Suède en 2015 alors qu’il était "adolescent / jeune adulte", indique la CEDH dans sa décision. À deux reprises, en 2018 et 2023, le requérant a été débouté de sa demande d’asile par les autorités suédoises. Sans-papiers, le jeune homme s’est vu notifier une ordonnance de renvoi.
D.M. a alors saisi la Cour, affirmant courir un risque dans son pays d’origine en raison de plusieurs facteurs : son appartenance à l’ethnie hazara – persécutée par les Taliban au pouvoir en Afghanistan depuis l’été 2021 - ; sa région d’origine - Mazar-e Sharif, où l’organisation de l’État islamique de la province du Khorasan est particulièrement active - ; son rejet de l’islam et son "occidentalisation" après avoir passé près de 10 ans en Suède - l’"occidentalisation" désignerait des Afghans et Afghanes habitués à des valeurs et des pratiques "occidentales" incompatibles avec la façon dont le régime Taliban régit la société.
"L’effet cumulatif créait un risque réel de mauvais traitements"
Discussions de la Commission européenne avec les Taliban
Si ce n’est pas la première fois que la CEDH examine une affaire de ce type, il s’agit du premier arrêt concernant une expulsion vers l’Afghanistan depuis la prise de pouvoir des Taliban en 2021, selon la Cour.
Cette décision est un coup dur pour le gouvernement suédois et plus largement pour les capitales européennes. Sous l’impulsion de l’Italie, de l’Allemagne ou encore de l’Autriche, plusieurs États européens veulent permettre le renvoi de déboutés du droit d’asile afghans dans leur pays d’origine, malgré le retour des Taliban. Pressée par vingt pays de l’UE, la Commission européenne a finalement annoncé en octobre 2025 avoir entamé des discussions avec les Taliban pour expulser les ressortissants afghans en situation irrégulière présents sur le Vieux continent.
image : European Court of Human Right, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons