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Matzneff : refusée par l’édition, une accusatrice choisit d’autopublier son témoignage
Article mis en ligne le 4 septembre 2021
dernière modification le 3 septembre 2021

« Ce n’est visiblement pas la qualité du livre qui était en cause. Clairement, c’était quinze ans trop tôt. Le monde n’était pas prêt », affirmait l’an passé Geneviève Jurgensen, alors éditrice chez Bayard. Le livre n’entrait de toute manière pas dans la ligne éditoriale de la maison, mais ne trouvait pas non plus l’écho nécessaire.

Re(co)naissance

Portée par la vague qu’avait déclenchée Le Consentement, Francesca Gee a décidé de passer elle aussi à l’autoédition pour commercialiser sa version de l’histoire, intitulée L’arme la plus meurtrière. Elle y reprend son témoignage et ses déclarations concernant l’emprise dont elle fut victime, à l’âge de 15, dont Gabriel Matzneff, explique-t-elle dans les colonnes de Elle. « [J]’y raconte ce que j’ai vécu, et surtout je démonte le système et le fonctionnement de Matzneff. »

Un piège que Matzneff aurait savamment refermé sur elle, mais aujourd’hui âgée de 63 ans, elle assure que si c’étaient « les mots de l’amour, l’apparence de l’amour, mais c’était tout sauf de l’amour ». Poèmes, flatteries, intérêt soudain : « Personne ne m’avait mise en garde, et Matzneff était un suborneur très expérimenté, presque professionnel, pourrait-on dire ! » (...)

Malgré les efforts de sa mère, pour la tenir éloignée, le piège se referme, alors que Matzneff semblait bien vu par son père, pour qui la liaison entre l’adolescente et l’auteur était acceptée. Une relation qui durera jusqu’à ses 18 ans, et persistera dans les écrits de l’auteur : Ivre du vin perdu évoque son assassinat, puis, dans sa version poche, utilise une photo d’elle, et des années plus tard, sortira La Passion Francesca.

Sans soutien, elle aura par deux fois tenté de solliciter un avocat, mais sa démarche se retournera contre elle, assure Francesca Gee. D’ailleurs, elle figure dans Vanessavirus, ouvrage autopublié par Matzneff. (...)

Qu’importe, désormais

Si elle déplore la publication par les éditions Gallimard des textes à l’époque, elle pointe également « les protections dont il a bénéficié ». Dès 1994, elle tentera de présenter des manuscrits aboutis, « mais il était tellement protégé » que les refus fusèrent.

Le titre de son ouvrage, référence à un entretien entre Matzneff et Thierry Ardisson, est proposé en autopublication, vendu à compter du 28 septembre prochain. Il sera disponible sur ce site et en librairie, et l’on peut d’ores et déjà en consulter un long extrait.

« Je ne sais pas comment il va être reçu, mais cela ne me fait pas peur. Il est possible que je sois attaquée, ce n’est pas bien grave. Je ne veux plus me censurer », poursuit-elle. Elle interviendra d’ailleurs dans un documentaire que France 2 doit diffuser ce 8 septembre. « Vous savez, quand on a passé sa vie à se terrer pour échapper au harcèlement et à la honte, chaque palier franchi, chaque acte d’affirmation de soi a son poids. »

Francesca Gee ne fut pas la première à tenter de dévoiler les petits secrets de Gabriel Matzneff (...)

ActuaLitté a sollicité l’avocat de Gabriel Matzneff, Me Emmanuel Pierrat, pour plus d’informations. Dernièrement, et au terme d’une étrange audience, Matzneff a été blanchi de l’accusation portée par l’association L’Ange bleu « d’apologie de crime pédophile ». Une autre plainte, avec constitution de partie civile, déposée en 2014 par l’association Innocence en danger contre X pour « apologie d’agression sexuelle » avait elle aussi été classée sans suite après un cafouillage administratif.

Le témoignage de Francesca Gee interviendra dans le documentaire de Karin Dusfour, Qui ne dit mot ne consent pas, diffusé dans l’émission Infrarouge de France 2, présentée par Marie Drucker.