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France Culture
Les migrants à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne dans un paysage de film d’horreur
Article mis en ligne le 14 novembre 2021

Les images de familles de migrants qui tentent de traverser la frontière entre la Biélorussie et la Pologne pour entrer en Europe, de fils barbelés et de militaires polonais leur refusant l’accès ont fait le tour du monde. La crise prend une dimension internationale.

Il y a les barbelés, les familles épuisées, les enfants gelés, les militaires polonais de l’autre côté qui empêchent les familles d’entrer en Europe. Ces images font le tour du monde depuis plusieurs jours.

Puis il y a cette photo. Des ombres dans une forêt, la nuit. Prise par un photographe de l’agence de presse d’État biélorusse Belta, elle est mise à disposition par l’AFP à ses clients, mais n’a pas été prise par un photographe de l’AFP. Toutes les photos de la zone viennent de l’agence de presse biélorusse. Il demeure très difficile voire impossible aux journalistes étrangers d’y accéder. (...)

Sur cette image, les quelques ombres semblent figées, il est difficile de distinguer combien d’êtres humains sont présents. Mais en regardant cette photo, le lecteur est dans cette forêt, il a l’impression d’être au milieu de ces individus de l’ombre, qui n’ont pas de visage, pas d’identité. (...)

la Biélorussie est dirigée par un autocrate, Alexandre Loukachenko, et donc l’agence de presse est liée, voire soumise au gouvernement. Cette image a peut-être été contrôlée. Les reporters occidentaux envoyés sur le terrain affirment tous, d’ailleurs, qu’ils ont difficilement accès à la zone, voire pas du tout.

L’État biélorusse, et son dirigeant Alexandre Loukachenko, est accusé par la communauté internationale d’instrumentaliser les migrants venus d’Irak, de Syrie, du Kurdistan. La Russie est soupçonnée d’être derrière cette manipulation. Paris a d’ailleurs appelé Moscou ce vendredi à agir auprès de Minsk pour mettre fin à la crise migratoire. La Conseil de sécurité de l’ONU s’est également réuni jeudi à New York sur le sujet et ses membres européens et américain ont condamné dans une déclaration conjointe une "instrumentalisation orchestrée d’être humains" par la Biélorussie à la frontière avec la Pologne afin de "déstabiliser la frontière extérieure de l’Union européenne". À l’issue d’une réunion d’urgence à huis clos convoquée par l’Estonie, la France et l’Irlande, les six pays en question (avec les États-Unis, la Norvège et le Royaume-Uni) ont estimé dans leur déclaration que l’objectif de la Biélorussie était aussi "de détourner l’attention de ses propres violations croissantes des droits humains".

Reste que cette photo montre les conditions difficiles dans lesquelles se trouvent ces migrants pris entre des intérêts politiques et diplomatiques qui les dépassent. (...)

On pense aussi à une photo d’évacuation d’un camp de réfugiés en Seine-Saint-Denis signée Corentin Fohlen en 2020. Entre 2 000 et 3 000 migrants de plusieurs nationalités (afghans, pakistanais, soudanais, ivoiriens...) y vivaient. (...)

Cette image est difficile à lire mais quand on va sur le centre, notamment avec cette brume et ces silhouettes, on est quasiment dans le registre du film d’horreur. (...)