Déjà 10 000 signataires pour la pétition des enseignants-chercheurs, « Le changement à l’université et dans la recherche, c’est maintenant ? ». Face à la dégradation des conditions de travail, les universitaires demandent la parole. Explications avec Pierre-Yves Baudot, maître de conférences en science politique à l’Université Versailles-Saint-Quentin en Yvelines
La pétition des enseignants-chercheurs, fait suite au discours du 2 avril de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Geneviève Fioraso. Le monde universitaire est en colère ou en détresse ?
Pierre-Yves Baudot : En colère parce que notre ministre a une vision de l’Enseignement Supérieur bien éloigné de la réalité de nos pratiques.
Cette pétition a été signée aussi bien par des professeurs que par des jeunes chercheurs ou doctorants… et non par des entités politiques ou syndicales. Nous avons souhaité mettre en lumière ce qu’il se passe réellement dans nos universités. Les réformes actuelles du gouvernement, dont les restrictions budgétaires, menacent la qualité du travail des enseignants et surtout celle des étudiants. C’est aussi un signe de détresse car nos universités sont dans une situation délicate. Si Versailles-Saint Quentin en Yvelines a fait l’actualité du mois de décembre, d’autres subissent les mêmes difficultés financières. Si on ne s’attendait pas en 2012 à ce que François Hollande reviennent sur la loi LRU(2), on espérait que certaines dérives importantes, comme l’absence de contre-pouvoir au sein des Université, soient fortement corrigées. Il n’en a rien été. (...)
Les enseignants et les chercheurs sont productifs, c’est certain. On s’investit énormément dans notre métier. Nous sommes pris dans des injonctions contradictoires. Nous devons travailler à assurer l’insertion professionnellede nos étudiants, sans le soutien de structures qui devraient normalement s’en occuper. Mais nous devons aussi publier, répondre à des appels d’offre sur des contrats de recherche...L’autonomie promise ne s’est traduite que par une bureaucratisation croissante.
Le temps que nous pouvons effectivement passer à la recherche n’est pas aussi important qu’il devrait l’être. C’est pourtant l’une des conditions pour jouer le jeu de l’excellence. À moins que celle-ci ne soit réservé qu’à quelque-uns ? Si le gouvernement souhaite que l’enseignement supérieur reste un lieu de transmission du savoir, il faudra ouvrir un réel débat rapidement et laissez la parole à ceux qui travaillent et étudient au quotidien dans les universités. (...)