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club de Médiapart/ Miss Taire, Ergonome
Le congé de cycle hormonal, est-ce super-flux ?
#femmes #cyclemenstruel #travail
Article mis en ligne le 30 avril 2023

Notre défi collectif : revoir dans son ensemble le rapport de la société aux corps des femmes et revoir en particulier le rapport au travail des femmes compte tenu de leurs variations hormonales naturelles et de leur vie procréative.

"Je suis ergonome et j’écoute tous les jours des femmes au travail, à différentes périodes de leur vie, dans différents métiers et dans différentes conditions de travail.

Certain·es s’étonnent (ou font mine de s’étonner) que les femmes puissent avoir besoin d’un répit à certaines périodes. Et qu’il puisse poindre un début de frileux débat sur le "congé menstruel" ou qu’un répit mensuel soit mis en place dans de rares entreprises. Je pense que nous avons collectivement un défi : revoir dans son ensemble le rapport de la société aux corps des femmes, et revoir en particulier le rapport au travail des femmes compte tenu des effets de leurs variations hormonales naturelles et de leur vie procréative. (...)

Une société égalitaire n’est pas une société qui égalise de force les différences, qui coupe tout ce qui dépasse chez les femmes par rapport aux hommes (heureusement, nous ne songeons pas à faire l’inverse). Forcer des corps différents à produire les mêmes effets, c’est ce qui est inéquitable et donc génère de l’inégalité. Le corps des femmes ne vaudrait-il que ce qu’il est capable de produire également aux hommes ? À défaut d’égalité dans le fonctionnement de nos corps (femmes, handicapé·es, seniors, grand·es, petit·es, etc), n’est-ce pas le rôle d’une société protectrice, inclusive, que de remettre de l’équité entre nos différences ? (...)

La vie hormonale et procréative des femmes a des conséquences physiques, psychiques et cognitives totalement sous-évaluées.

Non seulement elles les supportent mais en plus, la société (au travail, dans la vie personnelle et jusque dans le foyer) exige d’elles de cacher soigneusement les effets de cette vie hormonale et procréative. Quand il ne s’agit pas purement et simplement de les faire consentir à l’effacement de leur vie hormonale naturelle par des moyens tous plus improbables les uns que les autres. (...)

le travail est la dernière activité à laquelle elles renoncent après toutes les autres à certaines périodes du cycle (étude IFOP, page 6 du rapport). (...)

Au niveau des conséquences, on parle beaucoup des douleurs, et des règles. Les informations médiatisées sont globalement que plus de 50 % des femmes ont des douleurs, et ce, pendant les règles. Or quand on a dit cela, nous sommes loin du compte :

Le congé n’est envisagé que pour des règles "incapacitantes" (récente loi Espagnole, projets de loi, motion EELV). (...)

Des femmes ont des effets à d’autres périodes que les règles (changement de traitement hormonal, syndrome pré-menstruel, ovulation, péri-ménopause, procréation, interruption de grossesse, etc).

Quand on parle de congé "menstruel", on prend souvent l’exemple d’une pathologie en particulier pour le légitimer (l’endométriose). Même si cette pathologie est honteusement mal prise en charge, légitimer un congé en citant une pathologie en particulier, c’est le délégitimer pour les autres pathologies (...)

Les conséquences psycho-cognitives de la vie hormonale et procréative, particulièrement l’injonction à cacher son état, les exposent à des risques spécifiques (...)

les femmes font plus d’effets secondaires (des médocs ou du travail), mais non ce n’est n’est pas parce qu’elles sont plus "fragiles". C’est parce que les médocs (ou le travail) sont conçus par et pour des hommes qui n’ont pas de variations hormonales et qui n’ont pas le même métabolisme. (...)

Se sentir accueillie avec les effets de leur vie naturelle les soulagerait déjà tellement. Et quand cela ne les soulagerait pas assez, la société doit reconnaitre et solidairement financer le fait que les corps des femmes avec leurs variations hormonales naturelles et leur vie procréative ne sont pas des corps d’hommes.

Il est plus que temps que dans ce domaine aussi, la honte change de camp (...)

Il s’agit donc tout bonnement d’essayer de normaliser un truc normal, rien de moins que mensuel, qui concerne la moitié de la population en âge d’étudier, de travailler, de s’amuser, de vivre.

Une société devient inclusive lorsqu’elle apprend à moduler son fonctionnement pour offrir une place à toustes en fonction de ses besoins. (...)

Vous souhaitez participer à la réflexion et à l’évaluation des besoins des femmes :voici un questionnaire auquel vous pouvez répondre anonymement ou pas selon votre préférence. 8 minutes.

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