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ouest-France
Le capitaine breton vient au secours de 780 migrants
Article mis en ligne le 19 août 2014

Philippe Martinez est chargé d’assistance aux plateformes pétrolières. La semaine dernière, au nord des côtes libyennes, il a secouru 4 embarcations de réfugiés à la dérive. (...)

Lundi après-midi, on a aperçu aux jumelles une première embarcation de migrants qui demandaient assistance en agitant les bras avec des chiffons. On s’est approché. Certains de mes officiers sont égyptiens et parlent arabe. Les réfugiés étaient perdus. Ils demandaient de l’eau, des vivres, de l’essence... Leur bateau était à la dérive. Entre 15 h et 20 h, on a secouru quatre embarcations de réfugiés entassés comme des sardines.

Des bateaux de 15 m en bois avec moteur à l’intérieur : 150 personnes sur le pont et autant en dessous, assises, qu’on a découvertes par la suite. Et de gros bateaux gonflables sans réel équipement pour les rigidifier. Au total 784 personnes : des Irakiens, des Syriens, des Somaliens, des Nigérians, des ressortissants du Bangladesh... Aucun n’avait de gilet de sauvetage.
« Ils menaçaient de se jeter à la mer »

Ils nous demandaient de les remorquer en Italie, ce qu’on ne pouvait faire. Le règlement international de sauvetage en mer indique qu’on doit les rapatrier vers le port le plus proche. Mais ils refusaient de rejoindre la Libye, menaçant de se jeter à la mer.

On ne pouvait, humainement, pas les laisser comme ça. Sans notion de navigation, ils se dirigeaient au soleil. Lampedusa, c’est un caillou dans l’eau ! Et de toute façon, ils n’avaient plus de vivres. Certains portaient des blessures récentes et infectées par balle ou arme blanche. On les a fait monter à bord. Au début, ils ne voulaient pas. Il a fallu leur promettre de ne pas les ramener en Libye. J’ai appelé un garde-côte italien qui s’y est engagé.

« On n’a perdu personne » (...)

Certains m’ont confié avoir payé 1 000 à 3 000 dollars US par personne pour leur passage vers Lampedusa et avoir été abandonnés en mer par les pilotes libyens des embarcations. Après 30 miles en mer, le pilote aborde un bateau de pêche complice, faisant semblant d’avoir quelque chose à lui demander. Il monte à bord et laisse les réfugiés à leur sort. C’est un trafic très lucratif puisque l’argent versé par les migrants (150 000 à 200 000 dollars par voyage) compense largement la perte de l’embarcation (environ 15 000 dollars avec le moteur). (...)