La nouvelle ministre de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes revient pour Les Nouvelles NEWS sur l’intitulé polémique de son ministère. Mais pas seulement. Tour d’horizon des combats à mener.
Les Nouvelles NEWS : Madame la ministre, bonjour. Impossible de ne pas évoquer les critiques qui ont fusé contre l’intitulé de votre ministère, qui associe Droits des femmes, Famille et Enfance. Vous attendiez-vous à ce tollé ?
Laurence Rossignol : La critique était prévisible, je l’avais anticipée. Mais j’espère en tirer du positif : elle est l’occasion d’ouvrir une discussion avec celles et ceux qui la mènent. Bien sûr, ce qui a été clairement identifié, historiquement, par les féministes, c’est la famille patriarcale et sa fonction d’assigation des femmes à leur condition. Dès lors les critiques disent, par exemple : « Placer Famille et Droits des femmes entre les mains de la même ministre c’est, en creux, renvoyer les femmes au foyer. » Mais enfin, en quoi parler de famille, c’est sous-entendre qu’on veut renvoyer les femmes au foyer ?
J’irais même plus loin, je pense que la question du renvoi des femmes au foyer est marginale aujourd’hui. Les deux sujets de préoccupation principaux sont, d’une part, la précarité dans le travail – le travail à temps partiel contraint – et d’autre part le chômage spécifique des femmes. Et ce qui menace les femmes aujourd’hui, ce n’est pas tant d’être renvoyées au foyer que de devoir organiser leur vie professionnelle en fonction de leurs responsabilités familiales. (...)
Quand on parle de famille, beaucoup de gens entendent retour de la famille traditionnelle. Mais cette famille-là, avec papa qui travaille, maman à la maison, les filles avec des couettes, ce n’est pas la vie des vrais gens. La vraie vie, c’est d’abord ce que je viens de décrire : le marathon quotidien des femmes pour tout assumer. Et sous-entendre la famille sous cette forme, c’est passer à côté de ce qui est probablement l’évolution la plus spectaculaire et la plus préoccupante de la famille : l’accroissement du nombre de familles monoparentales – donc de mères monoparentales dans 9 cas sur 10 – qui représentent aujourd’hui 22% des familles.
Or il se trouve que ces femmes concentrent sur elles tous les indicateurs des difficultés sociales : pauvreté, précarité, isolement, difficulté d’éducation des enfants. (...)
Je m’inscris dans la continuité de mes prédécesseures. Pascale Boistard, et Najat Vallaud-Belkacem avant elle, ont engagé de nombreux chantiers, qu’il s’agisse de l’application de la loi pour l’égalité réelle ; de la lutte contre le harcèlement, ou contre les publicités sexistes. Les pubs sexistes, cela doit faire 35 ans que je les dénonce, que je m’agace devant ma télé, que je tweete mon agacement. Tout ce qui concourt à renforcer les représentations négatives, inégalitaires, misogynes, doit faire l’objet de réactions et d’engagements.
Au-delà, avec le monde associatif, les associations féministes, nous allons établir l’agenda des 14 mois qui restent. On va aller débusquer les trappes à inégalités, les points de résistance, les processus de retour en arrière qui sont à l’œuvre, pour les désosser.
Ce que je peux d’ores et déjà dire, c’est que nous ne sommes pas dans le temps de la loi. Sur l’égalité entre les femmes et les hommes, elles sont nombreuses, les lois. La question, c’est qu’elles soient effectives, c’est de passer de l’égalité formelle à l’égalité réelle. Autre question qui me préoccupe : comment faire face à la misogynie et à des courants réactionnaires, nostalgiques ? Et aussi à des phénomènes nouveaux, par exemple la radicalisation des jeunes filles et leur adhésion au salafisme, à des idéologies extrêmistes qui sont des régressions terribles par rapport à ce que nous avons conquis, ici en France. (...)