Le monokini est de moins en moins pratiqué en France, mais plus par peur des regards insistants et des agressions qu’autre chose.
Le topless n’a plus la cote. Vous l’avez peut-être remarqué sur les plages cet été, rares sont les femmes à se mettre en monokini. Selon une étude Ifop réalisée début juillet pour Xcams Media, seulement 19% des Françaises de 18 ans et plus tombent le haut à la plage. Un chiffre en diminution constante depuis les années 1960 et l’apparition, d’abord timide, du topless sur les côtes françaises. La première raison de ce désamour est sanitaire : pour 53% des femmes interrogées ne le pratiquant pas, le risque pour la santé causé par une exposition de la poitrine nue est rédhibitoire. Pour les femmes de moins de 25 ans, suivent de très près la « crainte d’être l’objet d’agression physique ou sexuelle » (50%) et de « subir le regard concupiscent des hommes » (48%).
De quoi interroger certains commentateurs politiques conservateurs. Sur CNews, dans l’émission « Soir Info » du 25 août, on regrette ainsi que les jeunes femmes ne se sentent pas libres d’exposer leurs corps par crainte d’être « regardées en chiens de faïence ». Sur Twitter, certains sympathisants de droite et d’extrême droite ne se privent pas de faire le rapprochement entre immigration et baisse de la pratique du topless. Les potentielles agressions, regards, harcèlement subis par les femmes en monokini seraient en lien direct avec l’augmentation de la communauté musulmane en France. (...)
Pour No Anger, docteure en science politique, spécialiste des mouvements sociaux et des questions liées au genre, au corps, à la sexualité, les discours conservateurs se polarisent aujourd’hui davantage sur « la notion de liberté, qui serait constitutive d’une certaine idée de l’identité française et qui serait menacée par le côtoiement d’autres cultures, notamment états-unienne d’un côté et musulmane de l’autre. Or, ce que l’on remarque, c’est que ces discours associent l’idée de liberté au geste du dévoilement de son corps. Un peu comme si le dénudement était davantage marqué par l’idée de libération. C’est ce rapprochement entre nudité et liberté qu’il s’agit d’interroger : est-ce seulement une liberté de se dénuder, de dévoiler son corps qu’il faut défendre ? Ou bien, est-ce une liberté vestimentaire plus générale qui englobe tout aussi bien un droit au dénudement qu’un droit à la pudeur ? »