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La conversion numérique de violences conjugales masculines contre les femmes
Marie-Pierre Badré Présidente du Centre Hubertine Auclert. Déléguée spéciale à l’égalité femmes-hommes auprès de la Présidente de Région. Conseillère régionale d’Île-de-France
Article mis en ligne le 27 juillet 2021
dernière modification le 26 juillet 2021

Le numérique et ses usages sont au cœur d’un mouvement de transformation profonde de la société. Il offre un formidable espace et outil d’émancipation pour les femmes comme pour les hommes : il sert de support à de nouveaux modes de mobilisation et d’expression et il est source d’une extraordinaire créativité. Il constitue aussi un espace de travail, et un puissant outil pour défendre les droits des femmes et dénoncer les violences sexistes – comme on l’a vu avec l’ampleur du mouvement #MeToo.

Cependant, une enquête coordonnée par le Centre Hubertine en 2015 auprès des élèves de collège et de lycée montrait que les espaces et outils numériques viennent aussi renforcer les violences sexistes et sexuelles : on parle de cybersexisme. Les agresseurs trouvent avec le numérique des moyens simples et facilement accessibles pour humilier, harceler et tenter de contrôler les filles. D’après un rapport des Nations Unies, ces violences concernent 73% des femmes tout au long de leur vie et dans tous leurs espaces de vie.

On le sait, les violences à l’encontre des femmes sont majoritairement vécues dans l’espace privé. Alors que nous disposons désormais de données précises concernant les violences conjugales en France, aucune étude n’est encore disponible pour comprendre l’impact du numérique sur les violences conjugales. Pourtant, pouvoir identifier et comprendre les cyberviolences permet de mieux évaluer le danger et de mieux protéger les femmes.

Ce rapport est une contribution à l’amélioration de la connaissance sur les violences conjugales, à l’ère du numérique. Il est le fruit d’un travail collaboratif avec nos associations membres, mais aussi plusieurs professionnel-le-s qui accompagnent des femmes vic- times de violences conjugales. Il permet de mettre en lumière les nouveaux défis que l’appropriation du numérique par les agresseurs pose à la protection des victimes de violences conjugales. (...)

« En France, une femme sur dix se déclare victime de violences conjugales : physiques, sexuelles, verbales, et/ou psychologiques. En moyenne, chaque année, on estime que 225 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. Un meurtre sur cinq en France est le résultat de violences au sein du couple. En 2016, 123 femmes et 34 hommes ont été tués par leur conjoint-e ou ex-conjoint-e : une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon ou ex-compagnon, et un homme tous les 10 jours. Les femmes représentent 78% des victimes d’homicides au sein du couple. Les enfants sont co-victimes des violences au sein du couple : en 2016, 25 enfants mineurs sont morts, tués par l’un de leurs parents dans un contexte de violences au sein du couple, 88 sont orphelins. »

En introduction, les autrices reviennent, entre autres, sur le contexte de ce rapport, l’absence d’études spécifiques sur « l’impact des outils numériques sur les violences conjugales », l’importance des cyberviolences sexistes et sexuelles envers les jeunes filles (« l’importance de la diffusion de photos intimes sans le consentement des filles dans le cadre de relations amoureuses »), le cyberharcèlement, le cybercontrôle des femmes en couple, « Les agresseurs utilisent les outils numériques pour instaurer ou renforcer le contrôle, la domination et donc l’emprise dans le cadre de relations de couple, mais aussi après la séparation »… (...)