Ce film est né d’un projet de Marine de Tilly, écrivaine et journaliste : elle a entendu parler d’une jeune femme hors normes, Leila Mustapha, devenue maire de Raqqa, ville martyre du nord-est de la Syrie, après que celle-ci ait été libérée du joug de Daech. Elle décide de se rendre sur place pour rencontrer celle qui œuvre pour sa reconstruction et le rétablissement d’instances démocratiques. Le réalisateur Xavier de Lauzanne, passionné par le projet, l’accompagne.
Ce voyage-rencontre dans une région où le danger est latent, car des cellules dormantes de Daech, d’Iran, de Turquie, se sont réactivées après la décision de D. Trump de retirer ses troupes de la région, ne pourra durer que 9 jours, le temps à peine de découvrir cette jeune ingénieure de 30 ans, kurde et musulmane, habitée par son mandat et les missions qui y sont liées. (...)
Mélange d’autorité compétente et de douceur, Leila Mustapha va montrer, au fil de ces 9 jours, à ses hôtes, accompagnés d’une jeune interprète, tout ce qui fait concrètement l’essentiel de sa vie : la reconstruction de Raqqa, détruite à 80% et criblée de milliers de mines, de ses infrastructures (électricité, assainissement des eaux etc.). Ils assistent avec elle à des visites de contrôle des chantiers de la ville : la centrale électrique, l’université, une école, un hôpital, le centre culturel d’une mosquée où a lieu un cours de peinture hors du temps ; ils voient des familles se promener à nouveau sur le rond-point al-Naïm, où Daech exposait les têtes de ses victimes. Leila évoque les problèmes de trafics en tous genres qui apparaissent et qu’il faut traiter. Puis leur itinéraire passera par l‘impressionnant cimetière de Kobané, la visite du camp d’Aïn-Issa (qu’elle a contribué à créer fin 2015) où vivent encore 13000 déplacés, puis d’une unité des forces démocratiques syriennes commandées par une jeune femme kurde. On prend là encore la mesure de l’importance des femmes dans la société syrienne : la libération de Raqqa, dit Leila, s’est faite grâce aux femmes, qui sont plus de 10 000 à présent à travailler dans l’administration ; ce modèle social, qui ne se trouve toutefois que dans le nord et l’est de la Syrie, s’est imposé en réaction à l’oppression qu’elles avaient subie pendant le khalifat. Du reste la devise de Leila Mustapha, qui est également le titre du livre qu’elle vient de co-écrire avec Marine de Tilly, c’est : « La femme, la vie, la liberté ».
A la question : n’a-t-elle jamais éprouvé de désespoir devant le sort de Raqqa, et l’énormité des tâches qui l’attendaient, Leila Mustapha répond qu’elle a toujours senti une force motrice qui la poussait en avant. (...)
A la fin de ces 9 jours, elle exprime un regret : que les forces internationales ne fassent pas davantage preuve de solidarité, car il lui semble que Raqqa a été oubliée. (...)