Les juges de la Cour européenne des droits de l’Homme estiment que la loi du 11 octobre 2010 n’est pas discriminatoire. Ils émettent toutefois des réserves.
La Cour européenne des droits de l’Homme valide l’interdiction du voile intégral dans l’espace public. Dans un jugement rendu mardi 1er juillet (à télécharger ici), les juges ont estimé à une large majorité (15 sur 17) « que la préservation des conditions du ’vivre ensemble ’ était un objectif légitime » de cette restriction. Et mis en avant « l’ample marge d’appréciation » laissée aux Etats sur « cette question de politique générale suscitant de profondes divergences ».
C’est une Française née en 1990, musulmane pratiquante, qui avait porté l’affaire devant la justice européenne. Elle déclare porter la burqa et le niqab et dénonçait une atteinte à la liberté de manifester sa religion ou ses convictions. Mais l’interdiction du voile intégral, estime la CEDH, « n’est pas explicitement fondée sur la connotation religieuse des vêtements mais sur le seul fait qu’ils dissimulent le visage. »
Pas une question d’égalité hommes/femmes
Pour défendre la loi du 11 octobre 2010, le gouvernement français invoquait le « respect du socle minimal des valeurs d’une société démocratique ouverte », en renvoyant, précise la CEDH, à trois valeurs : le « respect de l’égalité entre les hommes et les femmes, le respect de la dignité des personnes et le respect des exigences de la vie en société (le ’vivre ensemble’). » C’est « l’ordre public immatériel » invoqué lors de l’examen du texte. (...)
Si la CEDH valide donc la loi française, elle pose plusieurs bémols. Elle déplore notamment les conditions du débat qui ont accompagné l’examen du texte. La Cour se dit ainsi « très préoccupée par des indications selon lesquelles des propos islamophobes auraient marqué le débat précédant l’adoption de la loi du 11 octobre 2010. Elle souligne à cet égard qu’un État qui s’engage dans un tel processus législatif prend le risque de contribuer à consolider des stéréotypes affectant certaines catégories de personnes et d’encourager l’expression de l’intolérance alors qu’il se doit au contraire de promouvoir la tolérance. »