Vous avez aimé le semi-confinement ? Vous allez adorer la semi-liberté ! Voilà ce qui m’a traversé l’esprit en écoutant mercredi Alain Berset en conférence de presse. « Les restrictions disparaissent quasiment complètement à l’extérieur », a dit le Conseiller fédéral. Cette promesse de liberté a eu sur moi un effet équivoque. La joie d’abord : enfin abandonner le masque à l’extérieur, retrouver mes potes autour d’une seule table à l’apéro, faire du sport sans devoir limiter le nombre de pratiquants… Quel frisson après de longs mois de restrictions.
L’affiche du film est alléchante, un happy-end se profile. Mais personnellement, j’ai surtout été projetée dans la saga Star Wars, lorsque Padme s’exclame : « Et c’est ainsi que s’éteint la liberté, sous une pluie d’applaudissements ». Car nos libertés restent entravées, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.
Je fais la fine bouche ? Attendez la suite. Un avant-goût de liberté, ce n’est pas la liberté. Elle nous est proposée sous conditions : masque à l’intérieur, respect des distances, tests PCR pour passer la frontière et jauge pour les manifestations sans certificat Covid. Un certificat qui n’est pas la liberté non plus, c’est un outil de surveillance. Qu’il soit une condition sine qua non à tout voyage à l’étranger est compréhensible. Qu’il devienne obligatoire en Suisse pour accéder à une discothèque, par exemple, l’est moins. Il octroie un privilège. La liberté ne peut pas être un privilège.
Le gouvernement l’assure : son usage domestique est temporaire. Le certificat s’auto-détruira fin 2022, promis ! Eh bien je n’y crois pas. Cet outil de gestion de crise sanitaire a tout pour devenir un outil de gestion de la vie quotidienne. Trois signaux ont déjà été émis pour rendre ce sésame permanent :
C’est tout le paradoxe de la situation actuelle. On savoure la perspective des festivals de l’été en se ruant sur le certificat Covid comme des affamés ! 2,5 millions de Suisses ont déjà fièrement franchi le cap depuis le 7 juin. Perçu comme un ticket pour la liberté, son introduction oblitère ses failles, ses risques de dérive et son inutilité à nous protéger d’un variant.
En misant essentiellement sur la vaccination et le certificat Covid, les autorités bercent un peu la population d’une illusion. L’immunité collective est loin d’être atteinte. Le variant Delta est là, en embuscade. (...)
Ce n’est pas le certificat Covid qui nous protègera du Delta et d’un rebond épidémique. Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à Genève, me le disait hier : « dans le contexte actuel de diffusion rapide et inquiétante du variant Delta, on doit attendre des autorités qu’elles reprennent la main avec efficacité. On a un peu l’impression que l’Europe se prépare à un bis repetita de l’été dernier ».
Et du coup, je me pose cette question : restreindre nos libertés aujourd’hui, d’accord, mais pour protéger qui ? Ces derniers mois, nous avons protégé les personnes à risque, nos aînés et le système de santé. Aujourd’hui, avec les limitations sanitaires restantes et le certificat Covid, qui protégeons-nous ? Celles et ceux qui ne veulent pas se faire vacciner ? Dont une partie pense que le Covid est un vaste complot pour restreindre nos libertés ? Il y a quelque chose qui cloche dans cette histoire.