Cet article analyse l’hominisme, un courant francophone du masculinisme qui s’inscrit dans le mouvement pour le droit des pères. L’étude de leurs textes de référence démontre sans équivoque que l’ensemble de leurs théories s’inscrivent dans une dynamique antiféministe, ayant pour objectif de maintenir la domination de la classe des hommes sur les femmes et des minorités de genre et sexuelles.
1. Une brève histoire de l’hominisme
C’est au Québec que se développe le courant hoministe. Tout d’abord, le psychanalyste Guy Corneau crée en 1992 le « Réseau Hommes Québec », suivie en 1993 par une association similaire en France basée à Lyon sous l’impulsion de Patrick Guillot. Ce sont des groupes de parole d’hommes autogérés qui discutent des problématiques liées à la condition masculine, et des prétendues dominations que le sexe masculin subirait de la part des femmes. Au début des années 2000, le psychiatre Yvon Dallaire publie des ouvrages qui deviendront des références pour le futur courant hoministe, comme « Homme et fier de l’être », ou celui de Patrick Guillot en 2004 « La cause des hommes : pour la paix des sexes ». Ce dernier crée en 2005 le site internet « La Cause des hommes », une base de données incontournable pour l’hominisme.
Mais c’est en 2005 que le terme "hominisme" est crée. C’est le psychologue Yvon Dallaire qui le propose afin de se différencier du féminisme et du masculinisme.[1] Un an plus tard, en 2006, Patrick Guillot rejoint la proposition de Dallaire et avec John Goetelen, et ils rédigent le « manifeste hominisme » la même année. En tout, c’est une douzaine d’hommes qui signent ce manifeste dont certains sont « connus pour leurs propos virulents contre les femmes et les féministes » : Yvon Dallaire affirme que les femmes doivent accepter certaines inégalités comme « une répartition inégale et variable des salaires, des tâches ménagères, des soins aux enfants »[2] ; Hermil Lebel dénonce les organisations féministes composées, selon lui, de « lesbiennes frustrées et aigries » et de « psychopates » (Lebel 2006b). Il touche également le point Godwin en affirmant qu’au Québec domine une « dictature féminazie » (Lebel 2006a). Cette comparaison entre le nazisme et le féminisme est fortement utilisée dans les milieux masculinistes, y compris dans l’hominisme, en témoigne les propos de Lebel.
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2. L’hominisme, une tentative de définition
Les principaux acteurs de l’hominisme le définissent comme un mouvement d’égalité des sexes, dont la finalité est d’une part de rattraper le prétendu retard des hommes en termes de droits et d’autre part de valoriser la condition masculine. Pour avoir une figure de respectabilité, leur stratégie de communication repose sur la dissociation avec la manosphère. L’hominisme ne serait ni misogyne, ni masculiniste.[3]. Pour autant, si par exemple Patrick Guillot ne se positionne pas face au MGTOW, il reconnait à Alain Soral et Eric Zemmour de « bonnes intuitions » et de « critiques brillantes contre le féminisme misandre », mais reste déçu de leur silence face aux prétendues « discriminations concrètes envers les hommes ».
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3. La domination inversée, les hommes devenus victimes des femmes
Entre déni de la domination masculine et discrimination féminine
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Patrick Guillot prétend que les actes de violences des hommes contre les femmes - qui sont en réalité structurelles -, ne sont que la réponse comportementale aux discriminations et aux injustices prétendument subies par les hommes de la part des femmes !
En revanche, la grille de lecture hoministe repose principalement sur cet argument suivant : les hommes subiraient les nouvelles formes structurelles de discrimination et de domination genrées. L’ancienne domination masculine aurait laissée sa place à une domination féminine. En d’autres termes, les hoministes reconnaissent que notre société est inégalitaire, mais, que ce sont les hommes qui seraient inférieurs en termes de droits et de dignité : « l’histoire des 70 dernières années, [montre] non seulement les anciens privilèges masculins ont disparu, mais ce sont les hommes désormais qui subissent diverses injustices et discriminations.[6] » Mais encore « Les sociétés développées ont, implicitement ou explicitement, mis en place un nouveau système, social, juridique, idéologique, dans lequel, à nouveau, les droits d’un genre sont inférieurs à ceux de l’autre, en différents domaines. En ce début du vingt et unième, ce sont les hommes qui se trouvent diabolisés et discriminés. »
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L’influence du mouvement pour le droit des pères
Le courant hoministe est un prolongement francophone du mouvement anglo-saxon pour le droit des pères. Ce dernier émerge dans les années 70. Il est porté par des M.R.A anglo-saxon comme Warren Farrel, et questionne la condition masculine dans notre société contemporaine. Selon ce mouvement, l’ensemble des institutions de la société et des politiques publiques favorise les mères au détriment des pères (et des hommes en général) qui se retrouvent dans des multiples situations de discrimination. L’un des sujets fondamentaux de ce mouvement est donc le droit de la famille, le rôle des parents et la garde des enfants. L’hoministe s’inscrit parfaitement dans cette dynamique.
Sur la question du droit des pères, le courant hoministe affirme que la justice est pro-féministe et qu’elle discrimine les pères. L’idéologie "misandre" et "victimaire" du féminisme en serait responsable en propageant une « paterphobie » dans la société, en d’autres termes une idéologie anti-père, dont la justice se fait le relais (...)
En réalité, une étude du ministère de la Justice de 2013[9] montre que dans 80 % des situations, les parents choisissent ensemble le lieu de résidence de leurs enfants. Il reste 10 % de situations conflictuelles, et 10 % des parents ne se prononcent pas sur la résidence principale de l’enfant, dont 8 % sont les pères. Cette étude expose également que 93,4 % des décisions des juges aux affaires familiales sont rendues en conformité avec la demande des pères. L’étude montre également que la majorité des pères qui demande la résidence alternée l’obtienne dans la majorité des cas au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant. Pour finir, lors des situations les plus conflictuelles (10 % des situations), la cause principale (dans 90 % des cas) ne repose pas sur la garde de l’enfant, mais sur le montant de la pension alimentaire.
En définitif, les pères ne subissent pas de discrimination structurelle d’une justice pro-féministe et paterphobe. Le mouvement du droit des pères, dont l’hoministe est un des prolongements théoriques, est un « mouvement de réaction d’hommes souvent mécontents d’avoir perdu certains privilèges associés à la « puissance paternelle ». » (...)
Non-représentation d’enfant et syndrome d’aliénation parentale
En ce qui concerne la non-représentation d’enfant qui serait soutenue par la justice[10], Patrick Guillot dénie volontairement les violences et les menaces subies par les femmes et les enfants par certains pères qui expliquent la non-représentation d’enfants. D’autre part les prétendues « accusations mensongères » se fondent sur l’aliénation parentale, une théorie du psychiatre pédocriminel Richard Gardner qui ne repose sur aucune source scientifique. Les hoministes utilisent abondamment ce concept. Le parent protecteur (ici la mère) manipulerait l’enfant contre son père en lui demandant de colporter de fausses allégations de violences physiques ou sexuelles contre lui.
Patrick Guillot affirment que les avocats et les associations conseilleraient les mères d’utiliser ce concept, en d’autres termes de porter de fausses accusations pour avoir la garde de l’enfant (...)
Bien évidemment, Patrick Guillot ne cite aucune source pour rendre crédible ses accusations, puisque seule compte la diffamation des associations et des professionnels qui accompagnent les femmes et les enfants victimes de violences. (...)
La PMA est un projet misandre et contre les pères
Comme tout courant masculiniste, l’hoministe ne peut se réaliser sans une dose d’homophobie. Ainsi, la loi sur la PMA serait misandre puisqu’elle minore la place, la fonction et le rôle du père dans la procréation et la famille (...)
Dans la même dynamique, l’émergence de l’homoparentalité serait un symptôme qui témoignerait de la fin de la famille patriarcale qui permettrait aux enfants d’être équilibrés psychologiquement. En effet, pour les hoministes le couple homosexuel développerait des troubles identitaires chez l’enfant par l’absence de différence sexuelle, et donc d’identification. C’est ce qu’affirme Patrick Guillot et Dominique Vincent dans l’article « Honorons notre pouvoir phallique ». Dans un premier temps, selon eux, l’enfant a besoin des « deux polarités » et non de deux « personnes identiques » et l’homoparentalité repose sur un « désir une contradiction : vouloir un enfant sans avoir à assumer la différence ». Cet argument est fondamentalement misogyne. Il repose sur une conception essentialiste des rôles et fonctions assignés aux genres. La "différence des sexes" repose ici sur des inégalités de genre, et donc de pouvoir, naturalisées en différences biologiques. Par ailleurs, l’homoparentalité - et l’homosexualité - n’est jamais synonyme d’uniformité et de similitude. Réduire les personnes homosexuelles à une identité homogène en masquant la diversité des expressions de genre et de personnalités, est une grille de lecture essentialisant et homophobe.
Pour finir, Patrick Guillot et Dominique Vincent vont plus loin dans leur concept homophobe de l’homoparentalité en affirmant, par un imaginaire psychanalytique, que le désir d’adoption d’un couple homosexuel ne repose pas sur l’amour et le désir d’accompagner un enfant, mais sur le besoin profond de « de colmater une blessure narcissique ».
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4. Le féminisme victimaire-misandre
Définition de la misandrie victimaire (...)
Tout d’abord, l’objectif de la "misandrie féministe" serait de mettre en place un système de droits supérieurs pour les femmes, de stigmatiser éternellement la condition masculine, voire même de supposer l’anéantissement de tous les hommes. Dans un deuxième temps, la victimisation reposerait sur une image compassionnelle de la femme, et la construction de celle-ci comme victime éternelle des hommes. Cette grille de lecture trouve un écho grandissant chez les hommes, et notamment certaines femmes. Cette réaction permet trois choses : soustraire les revendications légitimes des féministes par la stigmatisation celles-ci à travers leur "hystérie" anti-masculine ; le refus de concevoir la masculinité comme une construction sociale et culturelle permettant ainsi de naturaliser les inégalités de genre ; la contention voire l’invisibilisation de la parole des victimes de violences. (...)
pour l’hominisme toute analyse structurelle et matérialiste de la domination masculine, donc de la classe des hommes sur la classe des femmes, est discriminatoire. Ainsi, Patric Jean, Pierre Bourdieu, Virginie Despentes, Françoise Héritier et même la Commission de l’Europe et la Convention d’Istanbul seraient misandres selon le mouvement (...)
Des concepts pour stigmatiser le comportement masculin
Pour Patrick Guillot, la "misandrie victimaire" développerait de manière constante de nouveaux concepts pour stigmatiser les hommes. Par exemple si le maninterrupting, le mansplaining ou le manspreading[15] sont des signes factuels de micro-domination produits par les rapports sociaux de sexe au profit des hommes, pour Guillot ces concepts seraient uniquement conçus par les féministes "misandres" pour fustiger l’identité masculine (...)
La culture du viol, le plafond de verre ou la double journée seraient également des concepts vident de sens. (...)
Comme Zemmour ou Soral, Guillot assigne les femmes à l’activité domestique qui ne serait que le prolongement de leurs aspirations propres.
Pour finir sur un dernier exemple, le féminicide. Pour Patrick Guillot, ce terme n’a aucun sens car « le conjoint meurtrier peut en vouloir à sa compagne pour des raisons qui tiennent à leur relation propre. Il n’en veut pas aux autres femmes avec lesquelles il peut entretenir de bonnes relations. Le terme féminicide est donc absurde.[18] » L’hoministe ne comprend pas, ou plutôt est dans l’impossibilité de comprendre, que le féminicide ne repose pas sur le meurtre d’une femme par un homme, mais sur le caractère genré de ce crime, dont le moteur de l’homicide est principalement la perte d’emprise sur autrui. Plus loin, Patrick Guillot relativiser pleinement le féminicide. Selon lui, « certains meurtres conjugaux sont de type euthanasie liée à la maladie du conjoint. » (...)