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L’exclusion sociale pour allégation de sorcellerie, une violence faites aux femmes au Burkina Faso
Par Denise Sidonie NEBIE/ZOMA (Burkina Faso).
Article mis en ligne le 16 octobre 2014
dernière modification le 10 octobre 2014

Le contexte socio-culturel du Burkina Faso est toujours marqué des croyances et des pratiques qui sont sources de violences à l’égard des femmes. Parmi ces violences, on peut citer l’excision, le lévirat, le mariage forcé et précoce, mais aussi l’exclusion sociale des femmes pour allégation de sorcellerie.

(...) Au Burkina Faso, l’appellation usitée de nos jours est « femmes exclues sociales pour allégation de sorcellerie ». Ces accusations sont portées généralement sur des femmes lors de maladie de longue durée, de mal incurable ou après le décès d’un membre de leur famille ou de la communauté. Rarement des hommes sont accusés de sorcellerie, d’être des mangeurs d’âmes et exclus de leur communauté après avoir subi des violences. Les hommes suspectés sont plutôt craints et la population s’en méfie.

Lorsqu’il s’agit des femmes, celles-ci sont bannies de leur village, exclues de leur communauté, rejetées par leur famille après avoir subi des violences, des traitements dégradants et inhumains (sévices corporels, menaces verbales, injures, lapidation, incendie d’habitation et de biens, etc.). Elles sont condamnées à errer dans la nature, torturées par la faim et la soif, livrées à la merci des animaux sauvages, des psychopathes et autres dépravés sexuels. (...)

Le Burkina Faso a adhéré à de nombreux instruments juridiques internationaux, régionaux et nationaux en faveur des droits humains en général, des droits catégoriels en particulier et de l’égalité homme femme. En réalité, l’effectivité des droits humains et l’application des textes pose problème. (...)

Les femmes victimes de ce type de violence et de discrimination sont pour la plupart, du troisième âge, n’ont pas eu d’enfants ou ont eu des filles, ou ont des enfants émigrés ou qui n’ont pas « réussi ». Elles sont veuves ou ménopausées, pauvres, sans instruction. Il arrive parfois que des femmes moins âgées qui sortent de la norme sociale qui leur est imposée soient accusées de sorcellerie. Dans cette catégorie d’accusée de sorcellerie, il y a les femmes insoumises, économiquement indépendantes, qui veulent jouir de leur droit de parole, de choisir leur époux, de planifier leur grossesse, d’exercer une activité, d’aller et de venir sans autorisation préalable, etc.

En somme les femmes exclues sociales pour allégation de sorcellerie sont généralement des femmes sans soutien, qui constituent une charge pour la famille, ou des femmes qui refusent de se conformer à leur rôle et statut préalablement définis par la société.

Au Burkina Faso, cette pratique est plus courante dans les aires socio-culturelles moaga et apparentées. (...)