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Mediapart
L’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire accusé de violences sexistes et sexuelles
Article mis en ligne le 20 septembre 2020

Selon les informations de Mediapart, Gilles Huberson est visé par une enquête interne du ministère des affaires étrangères après le témoignage de plusieurs femmes l’accusant de violences sexistes et sexuelles. Il s’agit d’un des postes les plus prestigieux de la diplomatie française en Afrique.

il est accusé de violences sexistes et sexuelles par au moins cinq femmes, qui en ont attesté, avec d’autres témoins, auprès du déontologue du quai d’Orsay. Les récits recueillis concernent des faits dans plusieurs pays, dont le Mali, où M. Huberson a été ambassadeur de 2013 à 2016, et la Côte d’Ivoire, où il a été nommé en 2017, et vont de remarques jugées dégradantes pour les femmes à des gestes à connotation sexuelle non désirés.

Contacté, le Quai d’Orsay n’a pas souhaité s’exprimer sur ce dossier. Il a cependant admis que « des vérifications sont toujours en cours ». Le ministère refuse aussi de confirmer officiellement le rappel de son ambassadeur, évoqué par plusieurs médias (notamment Africa Intelligence), dans un contexte tendu en Côte d’Ivoire, à quelques semaines de l’élection présidentielle. Malgré plusieurs mails, Gilles Huberson n’a pas répondu à nos sollicitations (voir notre Boîte noire). (...)

Louisa* se souvient très bien de sa première rencontre avec Gilles Huberson. Contractuelle pendant dix ans au sein du ministère des affaires étrangères, elle est au Moyen-Orient quand elle apprend sa nomination au Mali. Selon elle, la réputation du chef de poste le précède. « Un gendarme avec qui je travaillais, qui avait connu Gilles Huberson lors d’une de ses missions sur le continent africain, m’a dit : “Fais gaffe, c’est un chaud lapin !”Je n’y ai pas vraiment prêté attention sur le moment », a-t-elle écrit dans un témoignage écrit, adressé au quai d’Orsay, que Mediapart a pu consulter.

Elle est reçue par le diplomate peu de temps après son arrivée. D’après son récit, il est près de 19 heures quand M. Huberson l’invite dans son bureau, celui-ci enlève sa cravate, s’assoit dans son canapé, se sert un verre de whisky, et allume un cigare. « Il me demande l’objet de ma mission. Je lui explique que je travaille notamment sur les questions de genre et de droits humains, ce à quoi il me répond “Ah ! Ça ne sert à rien ! Ce qui compte, c’est l’influence économique !” », raconte Louisa. (...)

Plusieurs personnes interrogées par Mediapart (hommes et femmes) parlent d’une « ambiance de caserne » dans l’ambassade dirigée par Huberson, décrit comme un homme autoritaire, amateur de whisky et de cigares, et qui n’hésite pas à lancer des plaisanteries sans grande finesse. Au Mali, la communauté française bruissait d’anecdotes sur l’attitude de l’ambassadeur.

« Jeune fille » et « Mademoiselle », répétés à des femmes mariées, « avez-vous eu l’autorisation de vos parents ? », lancée lors d’une réunion de service au lendemain d’une sortie tardive pour le travail, des réflexions sur l’âge ou la maternité… Lors de la préparation d’un plan de table en vue d’une rencontre importante, un collaborateur de l’ambassadeur aurait lancé à une employée présente : « Toi, ta place est sous la table ! », devant l’ambassadeur qui rira de bon cœur avec lui. Autant de « traits d’humour » qui déstabilisent plusieurs personnes présentes. À leur entourage, interrogé par Mediapart, l’une s’est dite « infantilisée » quand l’autre a rapporté avoir été « humiliée ».

Le code de déontologie du ministère proscrit « le fait d’exercer des brimades sur une collaboratrice et de laisser les autres collaborateurs en exercer sur cet agent », ou encore d’« user d’épithètes sexistes » et de « faire des commentaires humiliants ou désobligeants, fragiliser le sentiment de compétence des femmes par des remarques ou pratiques offensantes ». (...)

M. Huberson est également accusé d’être allé plus loin à plusieurs reprises. (...)

Il a fallu attendre six ans pour qu’une de ses collègues, une diplomate, saisisse le déontologue du ministère des affaires étrangères, fin 2019. C’est lui, Jean-François Blarel, qui a mené les premiers entretiens.

En mai, il a informé les témoins que « les affaires juridiques ont conclu à la gravité des faits et a approuvé le déclenchement d’une enquête administrative », selon un document consulté par Mediapart. Le déontologue y informe que le « secrétaire général » et « le cabinet du ministre » seront saisis pour mettre en place « une inspection générale ». Inspection qui a eu lieu en juillet, selon une source diplomatique, et qui a conduit à recueillir de nouveaux témoignages, y compris de la part d’hommes ayant pu être témoins. (...)

Mais depuis, le quai d’Orsay se mure dans le silence et se réfugie derrière la confidentialité des procédures internes. (...)

En interne, l’ambiance est pourtant très tendue. Les personnes qui se sont manifestées auprès du déontologue et dans le cadre de l’enquête administrative craignent pour leur carrière. De nombreuses personnes n’ont pas osé répondre, par peur d’être sanctionnées. Et les femmes que Mediapart a contactées ont toutes refusé de répondre à nos questions, tant elles redoutent d’éventuelles représailles de leur hiérarchie. (...)