
Les arbres à la rescousse de la biodiversité et des rendements agricoles : Les spécialistes mondiaux de l’agroforesterie, pratique ancestrale un temps délaissée au profit de l’agriculture intensive, se réunissent en congrès la semaine prochaine pour plancher sur des solutions écologiques au défi alimentaire.
De dimanche à jeudi, chercheurs, agriculteurs, scientifiques, décideurs politiques et économiques d’une centaine de pays, du Tadjikistan à la Papouasie-Nouvelle-Guinée, se réunissent à Montpellier pour la quatrième édition de cette manifestation qui a lieu tous les cinq ans, et pour la première fois en Europe.
Replanter des arbres ou des haies dans les champs pour améliorer la qualité des sols, limiter leur érosion et ainsi augmenter les rendements des récoltes tout en rendant l’agriculture plus durable. L’idée fait son chemin en France et ailleurs dans le monde. (...)
"On est sur une progression remarquable en termes de nombre de participants, de variété des sujets. Le premier congrès, il y avait 400 participants. Cette année, on va être au-delà de 1.200", déclare à l’AFP Christian Dupraz, directeur de recherche à l’INRA.
"Les arbres ont des racines profondes, donc ils vont aller chercher de l’eau en profondeur et leur transpiration va humidifier l’air, (...) et les cultures vont être moins stressées", donne M. Dupraz comme exemple des vertus des arbres dans les champs.
Alors que les experts de l’ONU viennent d’actionner un signal d’alarme retentissant sur le déclin de la biodiversité, "les arbres structurent des habitats semi-naturels, qui abritent une faune et une flore diversifiées indispensables à l’agriculture" et favorisent la pollinisation et la lutte contre les insectes ravageurs, note l’association française d’agroforesterie (AFAF). (...)
Longtemps mise à mal par la mécanisation de l’agriculture, l’agroforesterie retrouve depuis quelques années un nouveau souffle.
"En France, on a beaucoup, beaucoup détruit" d’arbres, explique M. Dupraz qui estime à plus de 500 le nombre d’agriculteurs français qui replantent chaque année désormais.
Les champs de maïs dans les peupliers ont disparu en raison de la suppression des aides européennes subies par certains céréaliers, un problème résolu depuis, selon l’AFAF.
Mais certains pays d’Europe ont conservé davantage de systèmes d’agroforesterie traditionnelle qu’en France, selon M. Dupraz. (...)
"Aujourd’hui, on voit de jeunes agriculteurs qui plantent 20, 30, 40 hectares d’agroforesterie et qui le font en disant +ça sera un complément de retraite important+", conclut M. Dupraz.
Le congrès sera l’occasion de pousser la promotion de ces pratiques, avec la création prévue lundi, d’une "union internationale de l’agroforesterie".
"Ca va être une association qui va promouvoir ce type de pratiques à l’échelle mondiale", explique M. Dupraz.
"Pour les moyens, tout est à faire", reconnaît-il. Les initiateurs de cette démarche ont prévu de solliciter les bailleurs institutionnels classiques, comme la Banque mondiale.