Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
libération
L’Oréal mis en cause pour discrimination sexuelle
Article mis en ligne le 21 août 2019

Lauréat en 2017 du prix Equileap (1) pour sa politique interne en faveur de « l’égalité hommes-femmes », L’Oréal est de nouveau poursuivi aux prud’hommes, lundi après-midi, pour discrimination. Le paradoxe n’est qu’apparent : si le géant des cosmétiques affiche fièrement une proportion de 66% de femmes dans l’encadrement, ce taux tombe à 33% au sein de son comité exécutif. Au sein duquel, les femmes n’ont pas toujours des enfants…

Julie (2), 41 ans, mère de famille, réclame ainsi quelque 500 000 euros à son ancien employeur. Elle avait été embauchée en 2001, en tant que responsable marketing dans diverses branches du groupe, gravissant peu à peu les échelons jusqu’à être rémunérée 8 600 euros brut par mois. A l’entendre, son congé maternité en 2011 aurait brutalement interrompu une progression jusqu’ici rectiligne. De fait, à son retour de grossesse, elle ne retrouvera ni le même poste ni le même grade. Le code du travail est pourtant formel : « A l’issue du congé de maternité, la salariée retrouve son précédent emploi ou un emploi similaire assorti d’une rémunération au moins équivalente. » Toutefois, comme le relève son avocat, Avi Bitton, « il est courant au sein de L’Oréal de ne pas retrouver son emploi au retour », avec nouvelle affectation plus ou moins acceptée. (...)

Julie était initialement qualifiée « HP » (pour haut potentiel maison), elle ne l’est plus. Les reproches seraient d’abord sournois : quitter les réunions à rallonge, pour être chez elle à 19 heures, quitte à retravailler ensuite à domicile. « A notre étage, j’étais la seule femme avec enfants. J’adore cette boîte, je ne crache pas dans la soupe, elle est pleine de femmes. Mais pas toujours avec enfants. Une fois devenue maman, on vous balade d’un endroit à l’autre. Ils ont tout fait pour que je parte. » (...)

Jusqu’au licenciement, au printemps 2015, sous ce sublime prétexte : « manque de leadersphip ». En cette matière qui ne relève pas d’une science exacte, les précédentes évaluations de Julie étaient d’un avis strictement contraire. (...)

Tout à son souci de lui chercher des poux dans la tête, le management de L’Oréal exhumera ceci : « Vous avez simplement proposé plusieurs options de couleur au top management, qui a dû faire un choix. » (...)

L’Oréal reprochera également à Julie de « n’avoir donné aucun input sur le business model »… Les juges prud’homaux français apprécieront cet étrange motif de licenciement.

Interrogée par Libération avant l’audience prud’homale, la direction admet quelques « conneries managériales » dans le traitement de Julie, mais nie la moindre discrimination. (...)