Plus d’une femme sur trois avorte en France. Pourtant, le parcours est encore loin d’être fléché. Les obstacles semblent même se multiplier. Informations et accompagnent manquent. Les délais d’attente sont longs. De nombreux établissements publics ne pratiquent pas l’interruption volontaire de grossesse alors qu’ils le devraient. Dans un contexte où, en Espagne, le droit à l’IVG est menacé, alors qu’en France les anti-avortements profitent des lacunes en matière d’accès à l’information.
Premier obstacle : l’accès à l’information. A commencer par l’information sur la contraception. Les deux tiers des femmes qui ont recours à une IVG sont sous contraceptif régulier, selon les statistiques publiques. Les femmes rencontrées au Planning de Paris mentionnent le plus souvent un oubli de pilule ou un accident de préservatif. L’une est tombée malade, et elle a dû vomir sa pilule, elle ne voit pas d’autres possibilités. La suivante a acheté en pharmacie des préservatifs qui étaient périmés. Une autre n’avait pas encore replacé de stérilet après avoir accouché. D’autres ne supportent pas la pilule, ou n’arrivent pas à prendre celles qui doivent être avalées à heures très fixes. (...)
Enfin, elles sont plusieurs à recourir à la méthode des températures (qui sert à estimer la date de l’ovulation), ou au retrait, comme 6% des femmes en France, selon une étude de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) de 2007. Voire à n’utiliser aucune méthode contraceptive alors qu’elles ne souhaitent pas être enceintes, comme 3% des femmes en France. Car plus de la moitié des Français croient qu’une femme ne peut pas tomber enceinte si un rapport sexuel a eu lieu pendant ses règles et 64 % qu’il existe des jours sans aucun risque de grossesse simplement identifiables en surveillant son cycle.
La grossesse débute donc dans ce flou – « C’était quand exactement ? Fallait-il mettre le préservatif dès les préliminaires ? Peut-on tomber enceinte en ayant oublié une seule pilule ? ». Les semaines défilent sans savoir vraiment. Et, quand les jeunes femmes se décident à venir, elles ont le regard dans le vide, le rire nerveux, cherchant leurs mots pour en parler, comme si elles les employaient pour la première fois.
Les anti-avortements avancent masqués (...)
La plupart des femmes qu’elles reçoivent sont passées sur internet avant de venir. Et les sites anti-avortement qui se présentent comme des sites de conseil, sans parti pris, arrivent vite sur les moteurs de recherche, comme ivg.net ou avortement.net, animé par la même association. D’apparence neutre, proposant un n° vert, ces sites tentent en réalité de dissuader les femmes de recourir à l’IVG (lire ici). La plupart des visiteuses ne sont pas dupes. Reste qu’elles ne trouvent pas beaucoup d’autres renseignements.
ivg.gouv.fr ou ivg.net ?
Le gouvernement a bien lancé en septembre 2013, un site dédié, ivg.gouv.fr, mais le Haut Conseil à l’Egalité, quelques mois plus tard, demandait la mise en place d’une équipe pour l’animer. Depuis 1999, en outre, chaque région doit disposer de sa plate-forme téléphonique. Un tiers d’entre elles connaissent des dysfonctionnements, et pas des moindres, liste le Haut Conseil : absence, désactivation ou méconnaissance de la ligne par les professionnels ou le public. (...)