Les grandes compétitions sportives planétaires coûtent de plus en plus cher. Surtout, le Comité international olympique et la FIFA, qui commercialisent ces produits phares du divertissement mondial, sont devenus de véritables holdings sans aucun contrôle.
Résultat : présomptions de corruption, optimisation fiscale, violations du droit du travail, expulsions des populations pauvres pour laisser place à des infrastructures souvent inutiles et remise en cause de la démocratie accompagnent ces évènements. Pour le plus grand profit de ces holdings et de leurs sponsors, et sous les acclamations des stades. (...)
. Afin d’organiser ces évènements et les vendre à la planète entière, tout, ou presque, est désormais permis. Considérés comme des moments festifs et consensuels, ces grands moments de compétition sportive sont devenus synonymes de débauche d’argent public, d’expulsions massives de pauvres urbains, de dégradation des conditions de travail dans le secteur des travaux publics, d’hyper sécurisation des espaces publics et d’inondation publicitaire à grande échelle.
La FIFA comme le CIO n’ont aucun compte à rendre ni aucune obligation de transparence financière. (...)
L’attribution de l’organisation des Coupes du monde 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar a donné lieu à des allégations de corruption et des conflits internes, qui ont forcé plusieurs membres du comité exécutif à la démission. Mais la FIFA a pu laver son linge sale en famille : les autorités suisses ont découvert que du fait des privilèges et des statuts spéciaux octroyés à l’organisation, elles ne disposaient plus des moyens juridiques pour poursuivre ses dirigeants accusés de corruption et de trafic d’influence [2]…
La manière dont la FIFA conçoit l’organisation des Coupes du monde est à l’image de son statut extraterritorial et de la manière dont elle dissimule l’enjeu financier sous un voile de prestige symbolique. L’organisation impose aux pays hôtes un régime d’exception draconien (...)
Comme l’expliquait ingénument Jérôme Valcke, secrétaire général de la FIFA, « Je vais dire quelque chose de fou, mais un moindre niveau de démocratie est parfois préférable pour organiser une Coupe du monde. Quand on a un homme fort à la tête de l’État qui peut décider (…), c’est plus facile pour nous les organisateurs. » (...)
Au Brésil, « la Coupe du Monde de la FIFA entraîne des violations des droits humains tels que le droit au logement, le droit à la liberté de réunion et de mouvement, et le droit au travail », accusent les organisateurs des Public Eye Awards [5], le « prix de la honte » des grandes firmes mondiales, qui a nominé en 2014 la FIFA, aux côtés des fabricants de pesticides BASF, Syngenta et Bayer, de la marque de vêtements Gap, de la banque HSBC ou encore de la firme pétrolière russe Gazprom (c’est cette dernière qui a été élue par les internautes). (...)
La construction à marche forcée de stades et d’autres infrastructures, dans les délais très courts imposés par la FIFA, a des conséquences graves en termes de sécurité et de dégradation des conditions de travail des ouvriers. Dès 2011, les syndicats avaient dénoncé les conditions d’esclavage moderne faites aux travailleurs migrants sur les chantiers de la Coupe du monde au Qatar. Les reportages de la presse internationale, notamment du quotidien britannique The Guardian) ainsi que les missions de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de la Confédération syndicale internationale (CSI), sont venus mettre en lumière un phénomène resté largement invisible lors des éditions précédentes [7]. Les syndicalistes ont calculé que si les accidents continuaient au même rythme, ce seront environ 4000 ouvriers – la plupart du temps d’origine indienne ou népalaise – qui laisseront leur vie sur les chantiers de la Coupe du monde. De même, sur les chantiers des stades brésiliens du Mondial, des accidents mortels à répétition faisaient, fin 2013, la une de la presse internationale – en cause, l’accélération du rythme de travail pour achever les travaux dans les temps. (...)
À l’approche de la coupe du monde, le Brésil a intensifié sa politique de « pacification » brutale des favelas (lire ici). Comme auparavant en Afrique du Sud, les vendeurs de rue sont harcelés et délogés par les forces de police, pour ne pas interférer avec le monopole commercial des partenaires officiels. Dans les espaces du Mondial ou des Jeux olympiques, la « police des marques » contrôle le respect de l’exclusivité publicitaire des sponsors. Partout, le désir de protéger les touristes aisés et de prévenir une menace terroriste entraîne un déploiement massif de technologies de surveillance et de contrôle. Drones, missiles et porte-avions furent ainsi mobilisés pour les JO de Londres en 2012. L’organisation des grands événements sportifs constitue à la fois un laboratoire et une manne financière pour les industriels de la sécurité (...)
Depuis longtemps, des voix critiques dénoncent la connivence de l’idéologie sportive avec le nationalisme, le sexisme, ou l’élitisme. Le problème de fond est plutôt devenu le rôle socio-économique que jouent ces grands événements. Ils fonctionnent aujourd’hui comme l’une de ces « thérapies de choc » sociales qui permettent aux élites politiques et économiques d’accumuler les profits et de refaçonner les sociétés selon leurs intérêts – au même titre que les cures d’austérité budgétaire, la création de zones franches offertes aux multinationales par les gouvernements du Sud, ou encore les catastrophes naturelles [10]. Mais cette fois, sous les encouragements de stades bondés.