Les hôtesses d’accueil subissent sexisme et harcèlement ? Ce n’est pas leur seul problème. Nombre de femmes concernées témoignent de critères de sélection
« Pas le profil », « ne correspond pas au paysage alsacien demandé »… Ces phrases d’une violence sans fard donnent un aperçu des discriminations vécues par les hôtesses d’accueil non blanches. D’après des témoignages recueillis par le Bondy Blog, celles-ci vont bien au-delà du sexisme et du harcèlement « ordinaires » qui sévissent dans le secteur, et que la polémique sur les « hôtesses podium » du Tour de France avait exposés l’été dernier au grand jour. Pour les femmes racisées, c’est une double peine.
L’hôtesse idéale, en effet, est une étudiante, mince et blanche – une définition à peine caricaturale. (...)
Ce n’est pas que la profession serait fermée aux hôtesses non blanches, mais les discriminations opèrent de façon insidieuse. « Elles ont deux filtres à passer, explique Mathilde, employée d’une agence parisienne. Est-ce qu’elles sont belles, puis est-ce qu’elles ne sont pas trop typées ? » Dans une profession où l’apparence est une valeur marchande, il arrive que la couleur de peau soit un outil « diversité ». Mais c’est surtout un handicap : une fois recrutées, les hôtesses racisées sont souvent écartées des missions les plus prestigieuses.
Si les expériences des hôtesses témoins ou victimes de racisme varient entre l’impression d’être « un produit low cost » et de remplir un « quota », une constante demeure : la légèreté avec laquelle les agences observent le code du travail, entretenue par les logiques de sous-traitance. (...)
« Nos candidats sont rigoureusement sélectionnés selon vos exigences », peut-on lire sur le site d’une agence d’hôtesses. Au point qu’un client pourrait demander une hôtesse blanche ? Rappelons que la loi est claire : « Aucune personne ne peut être écartée d’une procédure de recrutement […] en raison de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une prétendue race » (...)
Six agences contactées, des réponses hallucinantes
Pour nous faire une idée nette de l’état de ces discriminations, nous avons contacté six agences, en nous faisant passer pour des notaires et des commerciaux avec cette demande : « Avoir des hôtesses de type européen. » (...)
Allez-y, allez-y, n’hésitez pas, dites-moi ! »
Certains nous ont recommandé de mentionner nos critères dans la demande de devis, et de ne pas hésiter à en ajouter s’ils nous en venaient à l’esprit. Au fur et à mesure, nous avons donc étendu la liste de ces critères discriminants en demandant des hôtesses avec « les yeux clairs et les traits fins ». Comme habitué à ce genre de demande, l’un des « bookeurs » nous a expliqué froidement que « parmi les 2 400 hôtesses, on trouvera sans problème les personnes que [nous] recherch[ons] ». De la même façon, pour la présentation de produits, nous avons refusé des personnes de sexe masculin et demandé des hôtesses « de type scandinave ». Toujours aucun problème. Même si l’agence concernée est signataire d’une charte de la diversité.
Sur les six contactées, cinq ont ainsi validé des critères racistes et discriminants. Seule l’une d’entre elles les a rejetés, en soulignant que « la sélection des hôtesses ne se fait pas en fonction de l’ethnie, car c’est considéré comme un délit de faciès ».
Une des agences contactées nous a également proposé de nous envoyer des books afin que nous puissions sélectionner, nous-mêmes, les profils. Dans la même veine, certaines agences organisent des castings en présence des clients (...)
Ces agences savent ne pas prendre de gros risques. Certaines anticipent d’ailleurs des attentes racistes à tort.
Des hôtesses jeunes et précaires, le plus souvent (...)
Ces jobs de courte durée ou rémunérés au ras des pâquerettes les dissuadent de s’investir dans des procédures judiciaires, et rien n’est fait pour les aider à se saisir de leurs droits : peu d’agences mettent ainsi à disposition les coordonnées des responsables syndicaux ou de la convention collective du secteur, comme la loi les y oblige. (...)
Dans les événements auxquels elle collabore, Alicia est généralement la seule femme noire, ce qui lui donne la désagréable impression de servir de « caution diversité ». « Un jour, sur une mission assez prestigieuse, il y avait un autre hôte noir. On discutait et on s’est mis ensemble puisqu’on devait être en binôme. Notre cheffe hôtesse est venue nous voir directement et nous a dit : “Non mais ça ne va pas, deux Noirs ensemble !” », rapporte-t-elle.
Alicia faisait alors partie des hôtesses « événementiel », une catégorie distincte des hôtesses en entreprise. (...)