Un an après le lancement du Grenelle des violences conjugales le 3 septembre 2019, les associations rendent public un premier bilan des mesures gouvernementales.
La concertation des associations de défense des droits des femmes permet de mettre à jour un bilan mitigé s’agissant de l’avancée des mesures issues du Grenelle.
S’il faut saluer que deux tiers des annonces ont été mises en place ou engagées, les associations soulignent que les mesures les plus coûteuses (par exemple le financement de nouvelles structures dédiées à la prise en charge sanitaire psychologique sociale des femmes victimes sur le modèle par exemple de la Maison des Femmes de Saint-Denis ou de l’Institut Women Safe) restent encore en suspens alors que les mesures législatives ne nécessitant pas de moyens supplémentaires ont, elles, été adoptées.
Alors que la crise sanitaire et le confinement ont pu ralentir l’avancée des mesures, la crise, à laquelle les associations ont été aussi fortement confrontées, a révélé les angles morts du Grenelle, en particulier le manque d’hébergements spécialisés pour la mise en sécurité des femmes victimes de toutes formes de violences ou le besoin de solutions de signalement discrètes. Parmi les oubliés également des mesures annoncées : les familles et enfants des victimes trop peu pris en compte au cours du Grenelle.
Si les mesures annoncées à l’issue du Grenelle des violences conjugales ne suffiront pas à mettre fin aux violences faites aux femmes ni aux féminicides, les associations insistent sur le besoin d’un suivi appuyé et transparent sur leur mise en oeuvre.
Les associations le disent et soutiennent depuis plusieurs années : il est essentiel de mettre les moyens contre les violences faites aux femmes pour mieux prévenir et protéger. Un rapport de la commission des finances publié le 27 août dernier le confirme : les moyens existants ne sont pas suffisants pour une politique d’envergure de lutte contre les violences sexistes et sexuelles.Les associations d’écoute, d’accompagnement et de mise en sécurité des femmes victimes de violence sont toujours débordées de demandes. Les vies de femmes et parfois de leurs enfants sont en jeu.
Quitte à oublier que la réalité n’est pas forcément spectaculaire, voire qu’elle peut être simplement décevante. « Ce que l’on recherche avec le paranormal, conclut Julien Giry, c’est un réenchantement du monde. »
Demain 10h, la Fondation organise une conférence de presse autour des 1 an du #GrenelleViolencesConjugales. L'occasion de faire le bilan et de donner la parole aux associations, en 1ère ligne dans l'accompagnement des femmes victimes de violences #Feminicides #ViolencesConjugales pic.twitter.com/BmIHjVfC4m
— Fondation des Femmes (@Fondationfemmes) September 2, 2020
#GrenelleViolencesConjugales @florent_gueguen "Le 115 est face à des centaines d'appels de femmes victimes de violences à qui on ne peut pas proposer de solutions d'hébergement. L'effort pour la création de places spécialisées doit être renforcé. "#BilanGrenelle https://t.co/4rCCFMyNrj
— Fédération des acteurs de la solidarité (@FedeSolidarite) September 3, 2020
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Le Premier ministre a fait lui-même le déplacement. Au côté de la ministre délégué à l’égalité entre les femmes et les hommes Elizabeth Moreno, Jean Castex a annoncé ce mercredi 1 000 places d’hébergements supplémentaires pour les femmes victimes de violences. Une nouvelle annonce pour entamer la séquence du bilan, un an après le lancement du Grenelle contre les violences conjugales. Mais sur le terrain, les associations dénoncent "une occasion manquée". Alors un an après, où en est-on des principales mesures ?
"Un bilan en demi-teinte"
Pour les associations, le bilan de ce Grenelle est "en demi-teinte". Selon la présidente de la Fondation des femmes Anne-Cécile Mailfert, "sur le terrain il n’y a pas eu de changement en profondeur, en tout cas pas les changements que l’on attendait, et que les femmes victimes de violences attendaient. On est dans une situation qui malheureusement n’a pas beaucoup évolué". (...)
Au cabinet d’Elizabeth Moreno, on défend un bilan plus positif : 37% de mesures réalisées, 50% en cours de réalisation.
Un "faux milliard" ?
Autre chiffre, autre débat, celui du milliard d’euros de budget annoncé par le gouvernements à l’issue du Grenelle. Selon un rapport sénatorial publié cet été, cette annonce n’est qu’un "tour de passe-passe budgétaire". Interrogé par France Inter, Eric Bocquet, sénateur PCF du Nord et co-auteur de ce rapport dénonce "une malhonnêteté intellectuelle" de la part du gouvernement. Selon lui, "l’essentiel des fonds annoncés dans ce milliard est le résultat du triplement des fonds alloués à des programmes de diplomatie culturelle et d’influence dans des pays étrangers". Au final, selon ce rapport, le budget alloué aux violences faites aux femmes en France n’a augmenté que de 20 millions d’euros grâce aux mesures du Grenelle.
L’hébergement des femmes
C’est l’un des points qui fait le plus débat, celui aussi qui fait l’objet de nombreuses annonces. Encore une fois ce mercredi, le Premier ministre a annoncé 1 000 places d’hébergements supplémentaires pour les femmes victimes de violences, qui s’ajoutent aux 1 000 déjà promises lors du Grenelle. Sauf que ces 1 000 places, annoncées il y a un an, les associations n’en ont toujours pas vu la couleur, regrette Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes : "C’est le grand flou parce qu’on ne sait pas où elles sont, quelles associations ont eu le droit à ces 1 000 places, où sont-elles créées. Même la ministre est incapable de le dire". La ministre Elizabeth Moreno assure, elle, que ces places existent bien. Quant à savoir où, son cabinet indique qu’un audit est en cours pour que chaque préfet fasse remonter les informations. En clair on ne sait pas vraiment mais la réponse devrait arriver d’ici la fin novembre, promet le cabinet. Au total, 6 500 places seront ouvertes pour les femmes et les enfants, assure Elizabeth Moreno.
Le bracelet anti-rapprochement
Là encore, c’était une annonce phare du Grenelle. Ce bracelet, qui doit permettre d’éloigner les hommes violents de leur victime, n’a pas encore été mis en place. Il le sera "dans les toutes prochaines semaines", affirme le cabinet d’Elizabeth Moreno. Le gouvernement attend le feu vert du Conseil d’État pour débloquer les 1 000 premiers bracelets. Cinq juridictions doivent en bénéficier en premier : Aix-en-Provence, Angoulême, Bobigny, Douai et Pontoise. À terme, ces bracelets seront distribués sur tout le territoire, d’ici le début de l’année prochaine.
Le numéro 3919 disponible 24h/24
Avec près de 45 000 appel durant le confinement, ce numéro d’écoute a montré toute son utilité ces derniers mois. Ouvert pour l’instant de 9h à 19h du lundi au samedi, il devait être disponible 24h/24 d’ici la fin de l’année 2020 avait promis Marlène Schiappa. Finalement la mise en place effective est repoussée à l’été 2021, annonce le cabinet d’Elizabeth Moreno.
Pour s’assurer du suivi des mesures, la ministre promet de réunir toutes les six semaines les groupes de travail formés lors du Grenelle, ainsi que des associations et des experts. Les premières réunions sont prévues ce jeudi 3 septembre, pour l’anniversaire du lancement du Grenelle.
3 septembre 1953
🔹Entrée en vigueur de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales3 septembre 1981
🔹Entrée en vigueur de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes pic.twitter.com/KpmVFeIilq— Eric Maurel - Procureur Nîmes (@procureurNimes) September 3, 2020